Husserl et merleau ponty

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  • Publié le : 9 janvier 2010
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HUSSERL ET MERLEAU-PONTY: " PERCEVOIR " DANS LE MONDE DE LA VIE
 
Par: Mario Charland
 
En 1939, H.L. Van Breda recevait une lettre de Maurice Merleau-Ponty signifiant les intentions de ce dernier de se rendre à Louvain pour la consultation des " Archives-Husserl " nouvellement constituées, à l’aube de ce qui sera la deuxième guerre mondiale. Merleau-Ponty s’y rendra mais n’y restera quequelques jours. Ce court mais fructueux voyage aux Archives s’inscrit d’emblée dans la fascination qu’exerça sur toute une génération de philosophes français la phénoménologie d’Edmund Husserl (1859-1938) considéré comme le père de la phénoménologie contemporaine. Ces influences se font encore sentir aujourd’hui et c’est tout un pan de l’histoire de la philosophie du XXième siècle que constituentces relations entre phénoménologie allemande et philosophie française (on n’à qu’a penser à l’attraction qu’exerça la philosophie d’un Heidegger sur cette même philosophie continentale pour en avoir une idée…)
Ce sur quoi porte cet article sont les rapports " philosophiques " existants entre la pensée de Merleau-Ponty et celle de Husserl en ce qui a trait, plus particulièrement, à la question dela perception, qui s’effectue à partir d’un " monde de la vie " déjà donné d’avance au sujet qui perçoit.
On est à même de penser que la lecture par Merleau-Ponty, non seulement des inédits de Husserl, mais aussi des oeuvres déjà publiées à l’époque (comme Les Recherches Logiques ou La Philosophie comme Science rigoureuse), l’a passablement influencé, à tel point qu’il est possible de retracerdans son oeuvre des thèmes, des passages, des façons de philosopher qui n’auraient pas été les mêmes sans ce contact avec le corpus husserlien. Cela par contre, n’enlève rien à l’originalité de la phénoménologie de celui-ci car ses distances d’avec le précurseur, de ce qui allait être en France l’existentialisme phénoménologique, sont tout aussi évidentes. Seulement, il nous semble que l’on ne peutpas bien comprendre la pensée de Merleau-Ponty (du moins sa genèse) sans dégager dans l'oeuvre de Husserl les thèmes précurseurs de ceux qui occuperont la pensée du philosophe français (comme ceux reliés au corps, au temps, à la perception, à la présence d’autrui, à l’intersubjectivité, etc.) Il s’agit donc de voir jusqu’où l’on peut pousser le parallélisme entre Husserl et Merleau-Ponty, sanschercher à réduire la pensée de l’un à celle de l’autre ni à en faire des " continents " séparés par des mers de concepts (ou de méthodes; ce qui représente la tentation principale de ceux qui voient en Husserl un philosophe qui ne s’est jamais éloigné de ses premiers idéaux de faire de la philosophie une " science rigoureuse "; au contraire, l’évolution de sa pensée laisse plutôt entrevoir un certainéloignement de ces élans de jeunesse encore portés par l’idéal scientifique du mathématicien qu’il a été avant sa " conversion " à la philosophie).
LES THÈSES DE MERLEAU-PONTY SUR LE CORPS
S’il y a un thème central dans la phénoménologie de Merleau-Ponty, c’est bien celui du " corps ". C’est à partir de ses analyses sur le corps que la critique portant sur sa philosophie s’est égalementarticulée. La Phénoménologie de la Perception (1945), oeuvre majeure dans l’itinéraire de Merleau-Ponty, repose principalement sur la notion de " corps propre ", cette réalité à la fois concrète et abstraite située à la frontière du monde et de la pure subjectivité de l’ego. Qu’est-ce que le corps propre pour Merleau-Ponty ?
" En tant qu’il voit ou touche le monde, mon corps ne peut donc être vu nitouché. Ce qui l’empêche d’être jamais un objet, d’être jamais "complètement constitué", c’est qu’il est ce par quoi il y a des objets. Il n’est ni tangible ni visible dans la mesure où il est ce qui voit et ce qui touche. Le corps n’est donc pas l’un quelconque des objets extérieurs, qui offrirait seulement cette particularité d’être toujours là. "
Pour Merleau-Ponty, le corps est d’abord le...
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