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  • Publié le : 28 novembre 2010
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Dans le domaine de l'action, quand il s'agit de mettre en oeuvre des moyens pour parvenir à une fin, choses et êtres humains ont même statut : il s'agit de les connaître dans leurs lois de fonctionnement pour en tirer parti.
Pourtant il existe de larges domaines de la réalité qui échappent à notre maîtrise, bien qu'ils ne nous laissent pas indifférents. Quel temps fera-t-il au mois dejuillet ? Untel répondra-t-il à mon invitation ?
Que faire sinon attendre et croire que les choses se passeront comme je l'espère ? Ma croyance en ces cas est-elle toujours impuissance ? N'y a-t-il pas à cet égard une différence entre l'attente concernant les choses, et l'attente concernant autrui ? C'est ce que montre ALAIN dans le texte qui va retenir notre attention.
Pour ALAIN, si monattente vis-à-vis des choses est vaine, elle ne l'est plus vis-à-vis d'autrui car "ce que je crois finit souvent par être vrai".

Il développe cette idée en trois étapes :

Du début à « nigaud », il montre l'impuissance de la croyance vis-à-vis des choses.
Ensuite jusqu'à « elles les aura », il montre la puissance de ma croyance en autrui.
Enfin, il en tire une règle morale : il faut donnera priori toute sa confiance en autrui.
Essayons d'éclairer son argumentation.
Lorsque l'auteur parle de "vouloir" dans les deux premières lignes, il ne s'agit pas de la volonté qui détermine une action pour atteindre un but, et donc de l'utilisation des êtres du monde comme moyens, mais du vouloir là où il n'y a rien à faire.
C'est le cas pour les phénomènes météorologiques donnésen exemple, mais c'est aussi le cas pour le comportement d'autrui en tant qu'il est libre.
Tout le texte s'inscrit à l'intérieur du présupposé de la liberté humaine.
En aucun cas la suite du texte ne parlera du rapport de domination sur autrui, car autrui n'est justement pas considéré ici comme moyen pour notre action.
La meilleure preuve en est dans la suite des comportementsévoqués par ALAIN dans la première partie. "Vouloir", "espérer", "croire", "prier", sont la succession logique des comportements de celui qui est obligé de subir une réalité sur laquelle il n'a pas prise, bien que son bonheur en dépende.
Pensons aux attitudes du petit enfant dont la satisfaction dépend de la toute puissance des parents, elles sont exactement décrites par ces quatre verbes.L'objet de cette première partie est bien de dénoncer le caractère puéril d'un telle attitude concernant des phénomènes naturels ("nigaud"). Pour le rationaliste ALAIN, ce n'est là que survivance de conceptions animistes propres à l'enfance de l'humanité et qui se retrouvent dans certaines pratiques religieuses. L'animisme consiste en effet dans la conviction que les êtres naturels qui nousdominent sont dotés d'une âme et donc d'intentions à notre égard, il s'agit donc, par la prière, de s'attirer leurs bonnes intentions.

En une proposition (« Mais quand il s'agit ... »), l'auteur effectue un renversement quant à la valeur de la croyance : si, vis-à-vis des êtres naturels, ma croyance est parfaitement impuissante, vis-à-vis d'autrui, elle a une certaine puissance.
Notons bienque ma croyance ne détermine pas ce que sera autrui ; elle ne saurait être la cause de son comportement, et donc ne me place pas en position de le manipuler. Le texte insiste sur le caractère aléatoire de l'effet de ma croyance sur autrui ("souvent", "plus ou moins").
A cet égard, la métaphore du soleil est limpide : ma confiance dans l'enfant est comme de l'énergie disponible, elle est unpuissant motif dans lequel il pourra puiser pour décider ce qu'il fera de lui.

C'est une profonde vérité anthropologique que rappelle ALAIN à travers cette thèse : c'est par autrui que nous sommes ce que nous sommes. Comme il le dit ailleurs, "notre premier monde est un monde humain" et c'est sur la manière dont il nous a accueilli que nous avons façonné notre identité.
Cette...
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