La comedie : cours

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  • Publié le : 14 décembre 2011
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LA COMEDIE.

Statut ambivalent : « ancien », mais « bas ».
Genre antique : garanti par l’héritage des anciens, grecs (Aristophane) et surtout latins (Plaute, Térence). L’inventio est souvent cadrée par les sujets antiques, puisés chez Plaute et Térence essentiellement, mais pas toujours : l’invention de sujets neufs est mieux tolérée pour la comédie que pour la tragédie.
Genre bas : 1/ laisseun peu plus de latitude formelle que la tragédie, est plus perméable à l’influence d’autres formes d’art (comme la farce, j’y reviens) ; 2/ rend possible la représentation du réel ordinaire, de la vie quotidienne, qui est exclue de l’univers tragique.

Comme pour la tragédie, la définition de base (celle à partir de laquelle les auteurs construisent leur poétique personnelle) estessentiellement hiérarchique. La comédie traite en principe de personnages médiocres, dans des situations ordinaires dans un style médiocre, et elle est supposée destinée au peuple.
En même temps, la comédie « fait rire ». Il est couramment admis que ces deux définitions sont intrinsèquement liées : on ne peut pas parler des gens ordinaires sans faire rire, ce sont des objets supposés comiques par nature ; onne peut pas faire rire sans parler des gens ordinaires (puisque les rois, princes, héros sont essentiellement tragiques).

Le genre paraît donc à la fois bas par son public et frivole par ses effets : indigne à double titre. Ce n’est pas tout : le genre de la comédie est en quelque sorte tiré vers le bas par un cousin mal famé, la farce.
La farce : voir déf. plus loin, quelques mots pour lemoment : genre comique de la fin du Moyen-Age, XVe-XVIe. Depuis la renaissance des genres antiques, mi-XVIe, la farce périclite ; ce n’est plus qu’à peine un genre littéraire, c’est souvent une pratique scénique inorganisée ; les farces sont parfois représentées sur des théâtres en accompagnement de pièces plus considérables, mais aussi aux carrefours, dans les foires, sur les marchés ; notammentpar des charlatans qui appâtent le chaland avec des petits sketchs pour vendre leurs drogues – sur le Pont-neuf (Turlupin), sur la Place Dauphine (Tabarin et Mondor)...
C’est seulement « en théorie », parce que les anciens l’ont dit, que la comédie est supposée destinée au peuple ; en revanche, la farce est réellement, dans nombre de ses effectuations, un genre populaire. Un comédien de tréteauxdu Pont-Neuf, « Turlupin », est même embauché à l’Hôtel de Bourgogne.

Donc un genre à la fois frivole et bas, tout à fait illégitime en principe. Pour faire exister le genre de la comédie, l’ensemble des auteurs se donnent plusieurs justifications :

- première justification, morale (pour compenser le grief de frivolité). Une sorte de lieu commun souvent repris attribue à la comédie un effetmoralisant parallèle à celui qui est aussi attribué à la tragédie. La tragédie purge des passions, la comédie nettoie les ridicules. C’est le principe fameux Castigat ridendo mores (par le rire les mœurs sont châtiées, vieil adage latin). La représentation du « ridicule » est dotée d’une efficience morale :
« Le ridicule est la forme extérieure et sensible que la providence de la nature a attachéà tout ce qui est déraisonnable, pour nous en faire apercevoir, et nous obliger à le fuir » (anonyme, Lettre sur la comédie de l’Imposteur, 1667).
Ce raisonnement est symétrique de l’interprétation moralisante de la catharsis pour la tragédie. Certains parlent à ce propos de « catharsis comique », même si cette expression est un peu trompeuse : la notion de catharsis est bien plus complexe quesa réduction moralisante, seule en cause ici.

- seconde justification, sociale (pour compenser le grief de bassesse). La plupart des auteurs de comédie se donnent pour tâche de détacher la comédie de son public supposé, « le peuple », et de construire une comédie « honnête » = une comédie pour les « honnêtes gens » = les nouvelles élites sociales (élites qui se réclament d’une certaine culture...
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