La nouvelle raison du monde

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  • Publié le : 24 décembre 2010
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La nouvelle raison du monde
Essai sur la société libérale, Pierre Dardot, Christian Laval,
Editions La Découverte, Paris, 2009, 497 pages
Note de lecture

Ce livre se situe en continuité directe avec celui de Wendy Brown [1], dont un compte rendu a été publié dans le numéro 27 de cette revue.
Les auteurs expliquent qu’il s’agit d’un travail collectif, qui fait suite à un séminaire organiséen collaboration avec la revue Actuel Marx. Ce sont donc des marxistes à l’origine, c’est en quelque sorte leur découverte de l’individu au travers de l’analyse du néolibéralisme actuel. C’est aussi l’abandon ouvert des notions de d’infrastructure et superstructure.
Cet ouvrage nous livre leurs conclusions sur l’analyse de la période contemporaine et ses mutations. Ces conclusions nous alertentsur les enjeux et le danger de cette nouvelle étape du capitalisme. Leur constat est simple et important :
Ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que la forme de notre existence, ceci concerne notre façon de nous comporter, notre façon de nous rapporter aux autres, notre façon de nous rapporter à nous-mêmes.
Le capitalisme actuel nous impose, sans que nous en rendions compte, une norme de viebien précise. La compétition et l’efficacité sur le modèle de l’entreprise deviennent la règle. Le changement interne au capitalisme construit, influence fortement notre subjectivité et notre vivre ensemble.
C’est un ensemble normatif qui touche le domaine politique vu le poids des forces capitalistes aux postes de décision. Dans l’économie, c’est le capital financier mondialisé qui domine tout.Dans le champ social, l’individualisation des rapports sociaux s’impose alors que l’influence des organisations collectives recule. Au niveau subjectif, un nouveau sujet se construit et de nouvelles pathologies psychiques apparaissent.
Pour Dardot et Laval, la nouvelle raison du monde, c’est une nouvelle façon de « faire monde », qui possède une telle puissance qu’elle force l’intégration detoute l’existence humaine sur le modèle du marché. Cette nouvelle rationalité du monde est la rationalité du capitalisme contemporain, qui nous impose une nouvelle norme de vie. C’est un ensemble de discours et de dispositifs qui constituent un mode de gouvernement basé sur l’universalité du marché et de la concurrence.
Ce libéralisme nouvelle mouture n’est pas un laisser faire, il s’agit d’unenaturalisation et d’une généralisation du marché y compris pour l’Etat. La valorisation du « laisser faire le marché » n’est qu’une façade idéologique, il y aurait soi disant un marché naturel, qui fonctionnerait comme une évidence. En réalité, ce système fonctionne avec la surveillance mutuelle des divers opérateurs privés. Ceci se déploie sur la base d’une défaillance des anciens modes derégulation. Cette auto surveillance s’accompagne de rapports de force très violents, car la lutte peut aller jusqu’à la mise à mort, puisque les perdants de cette compétition sont régulièrement absorbés par les plus forts.
Ces auteurs pensent qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans un faux débat basé sur le dualisme : Etat ou marché, libéralisme ou régulation. Ils appuient leur travail sur les travauxde Michel Foucault, en particulier sur le cours au Collège de France de 1978 - 1979 intitulé : « Naissance de la « biopolitique ». [2]
Foucault explique que le mode de gouvernement est une activité, qui accompagne et façonne le fonctionnement social et économique. La visée de cette biopolitique, la politique qui prend la vie, est l’autogouvernement, le gouvernement par la liberté. La liberté estutilisée pour que les individus se conforment à des règles bien précises.
Il nous faut sortir du dualisme, qui alimente les faux débats, ceci implique de sortir du schématisme : liberté – domination, consentement – subordination. Selon cette approche théorique, la liberté est intégrée à la domination. Laval et Dardot se réfèrent explicitement à Wendy Brown, qui elle-même utilise la notion...
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