La recherche en entrepreneuriat

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  • Publié le : 7 avril 2011
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Editorial Préférences théoriques, choix méthodologiques et recherche française en Entrepreneuriat : un bilan provisoire des travaux entrepris depuis dix ans
par
Bertrand SAPORTA

Co-Rédacteur en Chef de la Revue La publication du deuxième numéro de la Revue de l’Entrepreneuriat, qui a quelque peu tardé pour des raisons que l’on peut aisément comprendre (la relative jeunesse del’Entrepreneuriat comme champ disciplinaire en France), nous donne l’occasion de prolonger les réflexions que nous avions émises avec Robert Paturel lors de notre précédent éditorial. Il y a en effet un réel chemin parcouru depuis la soutenance en 1993 de la thèse pionnière de Christian Bruyat, et on peut dire que la recherche française en Entrepreneuriat existe désormais, même si elle n’est pas encore trèsabondante. Peut-on aller plus loin, et suggérer, comme nous l’avons fait lors des dernières Journées Recherche de la FNEGE, qu’il existe un « French Touch » de la recherche française, et par extension francophone, dans ce domaine ? Le contenu de ce numéro, s’ajoutant à celui du premier, ainsi que la lecture de certains travaux récents1 nous incite à pencher pour l’affirmative, et c’est l’objet de cetéditorial d’en développer l’argumentation. Celle-ci s’articulera autour de l’idée principale que si des méthodologies de type qualitatif retiennent prioritairement l’attention des chercheurs français, c’est en grande partie en raison de préférences théoriques, dont il convient de rappeler quelques uns des aspects les plus saillants. Mais cela n’empêche pas un certain éclectisme au niveau des moyensd’accès au réel, dont les articles retenus ici nous fournissent de bonnes illustrations. Il nous restera à souhaiter une plus grande diversité d’approches dans les travaux à venir, qui peuvent désormais emprunter sans crainte les voies moyennes empirico-déductives et quantitatives chères à nos collègues anglo-saxons.

1. Les apports théoriques des chercheurs français en Entrepreneuriat : un essaide comparaison avec le référentiel anglo-saxon
Nous ne nous permettrons pas ici de sous-estimer l’importance des débats théoriques aux Etats-Unis, où la question de la singularité de l’entrepreneuriat comme champ d’études ne se pose guère plus, en raison de l’ancienneté des travaux qui lui sont consacrés et de la légitimité croissante que lui apportent les publications scientifiques qui lui sontdédiées. Personne n’a oublié, par exemple, la célèbre controverse entre les tenants d’une approche par les « traits » et ceux d’une approche par les « faits », dont la combinaison permet aux représentants de l’école française de dresser un portrait plus complet de l’entrepreneur d’aujourd’hui : il se caractérise essentiellement par un certain type de comportement (les « faits ») et par sa capacité àconvaincre les parties prenantes pour réunir les ressources nécessaires à son projet, mais il faut bien reconnaître que ce comportement ne peut pleinement s’exercer que si son titulaire est possesseur de certains « traits » (profonds comme le « locus of control », ou désir de maîtriser son propre destin, plus superficiels comme les facultés d’endurance et de ténacité) qui, sans être exclusifs,semblent caractériser la propension à entreprendre (T. Verstraete, 2002 ; 24). Il est impossible ici, on le devine, de rendre compte de l’intégralité des efforts qui ont été effectués Outre-Atlantique pour délimiter le champ de recherche qui nous intéresse 2. Les noms de Gartner et de Venkataraman, en particulier, sont associés à deux thèmes, celui de l’émergence organisationnelle et celui de ladécouverte et de l’exploitation des opportunités, considérés par ces deux auteurs comme au cœur des phénomènes entrepreneuriaux. La synthèse de ces deux notions a donné lieu par ailleurs à une élégante définition américaine de l’entrepreneur en tant qu’individu (« c’est une personne qui, après avoir identifié une occasion d’affaires, crée une organisation pour l’exploiter »). Tout au long de...
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