La souffrance au travail

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  • Publié le : 11 juin 2011
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Commission de réflexion sur la souffrance au travail Atelier Management Constats et propositions

CONSTATS Un rapport paradoxal de la personne au travail
Le travail est un lieu incontournable de la réalisation de soi. Il mobilise le corps, l’intelligence et la subjectivité. C’est aussi par le travail qu’on entre en relation avec l’autre, qu’on crée du lien. Mais le travail libérateur peutdevenir aliénateur. Comme l’explique Christophe DEJOURS, le travail « s’inscrit comme médiateur dans la construction de l’identité et de la santé » mais il peut également « contribuer à désorganiser l’identité, voire à la détruire et il devient alors un facteur pathogène de grande puissance. » On peut donc passer du travail « processus désirant » au travail « processus déstructurant ». Et le plaisirde travailler cède la place à la souffrance. Selon les témoignages recueillis auprès de responsables de sociétés internationales, les salariés français ont une productivité moyenne supérieure à celles de nombreux autres pays mais cette surproductivité horaire s’accompagne d’une mauvaise gestion du temps de travail. En France, il est important de montrer qu’on est présent, quitte à, pour certainescatégories comme les cadres, rester tard le soir, voire montrer qu’on est débordé. Le « j’ai trop de travail » est synonyme de « je suis indispensable ».

Le coût du management par l’excellence : la remise en cause du collectif
Depuis les années 1980, les organisations sont à la recherche de la « surperformance », développant pour cela des outils de mesure de plus en plus centrés sur laperformance individuelle et de court terme au détriment de la prise en compte de la dynamique collective. C’est la quête de la « performance sans faille » pour reprendre une expression de Jean-Pierre LE GOFF. Cette culture de l’excellence se traduit d’ailleurs chez de nombreux cadres par un surinvestissement entraînant de leur part un déni des problèmes de stress au travail car ils ne prennent plus derecul. D’après Eric ALBERT, 1/3 des femmes et ¼ des hommes sont ainsi en « surstress ». Cette individualisation à l’extrême du travail déshumanise les organisations. L’individualisation de la performance et de l’évaluation contribue à la fin du collectif car l’autre n’est plus un partenaire mais quelqu’un contre lequel il faut gagner. Pour endiguer cette perception négative, les entreprises sesentent obligées de se parer d’atours sympathiques, de créer de la convivialité artificielle pour gommer cette réalité (grandes messes corporate, séminaires pour se doper psychologiquement…).

La peur du déclassement
Le salarié place généralement beaucoup d’attentes dans son travail : l’entreprise est devenue un lieu essentiel de la reconnaissance sociale. La réussite professionnelle est pourbeaucoup le critère de la réussite dans la vie tout court. Or les organisations changent. Contrairement à la période des 30 glorieuses, l’entreprise ou les organisations ne peuvent plus garantir une carrière complète et un poste pour chacun. De plus, elles doivent rendre des comptes de façon de plus en plus rapprochée : le fait que l’impératif financier (tous les trimestres) prime sur le projetéconomique ou industriel (à 5, 10 ou 30 ans) a des conséquences notables comme la réorganisation quasi-permanente des entreprises. Par ailleurs, le secteur public n’est pas exonéré de ces réorganisations de plus en plus fréquentes. Le salarié peut donc avoir le sentiment que l’entreprise ne tient plus ses promesses. Ainsi lorsque l’entreprise n’a pas pu ou su le protéger, le salarié a un sentiment detrahison générateur de souffrance. Le contexte professionnel devient anxiogène et la peur du déclassement apparaît, cette peur étant vécue comme une sorte de mort sociale conduisant parfois à ce que le salarié se donne lui-même la mort. Il est paradoxal que cela se manifeste si durement en France où existe un système relativement plus protecteur du salarié qu’ailleurs en Europe ou dans le monde....
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