Lambeaux

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  • Publié le : 2 novembre 2009
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Les lambeaux de l'enfance ou l'enfance en lambeaux
«...Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance. Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.
... Écrire pour déterrer ma voix.
Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier. »
Il n’est de douleur plus inaltérable que la maladie de l’enfance, la seule « maladie donton ne guérisse jamais ». Et Charles Juliet aura écrit principalement sur cela, comme un cœur dévasté, parfois un cœur furieux, et aussi sur la difficulté d’écrire. Allégorie de l’abandon et de la solitude, ses textes sont intimement liés à sa biographie.
Que ce soit pour ses textes, ses récits ou ses poésies, Charles Juliet n’aura vécu l’écriture que comme une plongée en soi, une démarchepatiente et une douloureuse quête de son intime. 
De ce cri inexprimable qu’est à peu près toujours l’enfance, Charles Juliet en aura fait une libération. Cette conquête de ce qui est en soi est singulière, une sorte de spéléologie du creusement de la réalité interne pour aller vers tous, vers l’universel.
« Les seuls chemins qui valent d'être empruntés sont ceux qui mènent à l'intérieur » (Lalumière des saisons)
Charles Juliet aura plongé corps et biens dans une longue analyse de lui-même, non par préméditation ou esthétisme mais par nécessité vitale. La plupart de son écriture sera donc journal de lui-même.
« Ce « Journal » a été en fait l’instrument qui m’a permis de m’explorer, de me découvrir, de me révéler à moi-même. Il a été à la fois une sonde, un scalpel, un outil de forage, lebrabant à l’aide duquel j’ai labouré la terre intérieure. Par la suite, il est devenu ce miroir où est apparu un visage que j’ai dû reconnaître pour mien. » (Ce long périple)
Et Charles Juliet prend la parole pour tous les sans voix, ceux à qui on a ravalé les mots dans la gorge, ou qui n’ont pas su l’exprimer. Il parle de « toutes ces heures qui ont laissé les mains vides et ces jours que l’onn’a pas su perdre ». La folle impudeur de se dire ainsi et à vouloir traquer la vie est une offrande expiatoire de sa descente dans ses enfers pour montrer la voie. Revenu de ses effondrements il tend vers nous un pont-levis. Son écriture est un viatique pour autrui.
« Par l’écriture je suis arrivé à l’humain. À l’homme, à la vie. Rien d’autre ne m’intéresse. C’est immense. Cela me passionne aupremier chef. Je pourrais vivre trois siècles, je crois que cela ne pourrait jamais s’épuiser ».
Étonnante est cette tentative réussie de sauvetage d’une vie par les mots. Et avec cette voix secrète, à la limite de l’audible, Charles Juliet ose la sincérité absolue, il ose son passé meurtri, il ose être lui, il ose être soi. Donc être nous :
« Écrire c’est exprimer cette part de soi qu’on découvrechez autrui, cette part d’autrui qu’on reconnaît en soi-même. Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer »

Il va à la rencontre de ses « ténèbres froides », de ses « traversées de la nuit ».Voyage d’Orphée pour retrouver ses ombres chères, et aussi tentative d’exorcisation d’une vie en miettes. Il lui a fallu d’abord se déraciner avant que de se reconstruire. Sortir de ses dédales pour voir et surtout accepter la lumière.
"Il m'a fallu des années pour comprendre que je me servais de l'écriture comme d'un instrument pour me clarifier, m'unifier. J'étais soutenu par une sorte denécessité intérieure."
Son écriture est donc un parcours initiatique et après avoir cherché consolation dans des mystiques occidentaux et orientaux, il se construit une seconde naissance, une renaissance. Il écrit pour se libérer.
« Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois. Écrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis. »
Il y a du...
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