Le devoir dans le rouge et le noir

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  • Publié le : 18 mai 2011
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Le Rouge et le Noir est le second roman de Stendhal, publié en 1830. Inspiré d’un fait réel, l’affaire Berthet, il relate l’histoire de Julien Sorel qui, fils de charpentier débutant comme précepteur dans une famille bourgeoise, sera s’élever dans la haute-société grâce à sa grande intelligence et sa séduction, ainsi qu’à une ambition sans bornes et un brin d’hypocrisie. A la fois arriviste ethéros social moderne, le jeune Sorel se fait exécuter après s’être vengée de sa première maîtresse en lui tirant dessus. Le devoir est un des thèmes très récurrents tout au long du roman. Il est donc intéresser de se demander comment il est abordé, perçu et traité selon les différentes périodes et personnages de l’intrigue.
Nous verrons ainsi que le roman est d’abord largement exploité dans uneperspective du « devoir envers soi-même », avec le devoir d’ambition que se fixe Julien et celui de haute-distinction pour Mathilde, ainsi les modèles auxquels ils se référent, mais aussi le devoir d’intégrité à ses valeurs de plébéien et le désir de pénitence que Julien affiche lors de son procès. Nous verrons par la suite que le devoir est également dicté par la société, avec le devoir religieux etmarital, notamment au travers du personnage de Mme de Rênal, bien qu’il soit également pressenti par Mathilde à la fin du roman. De plus, la société oblige tous les personnages à se conformer à elle. Enfin, nous remarquerons que le devoir est absolument fondateur de la relation qu’entretiennent Julien et Mathilde, distribuant presque l’amour jusqu’à la mort de Julien, et provoquant une sorte dedédoublement de personnalité chez chacun de ces deux personnages.
Le roman est d’abord largement exploité dans une perspective du « devoir envers soi-même » En effet, Julien souffre d’une très grande ambition, ainsi que d’un orgueil considérable, tout comme Mathilde, celle-ci en ayant presque hérités à la naissance, étant donné le haut rang auquel elle appartient, contrairement à Julien chez quicette rage d’ambition et cette obsession orgueilleuse sont nées de son manque inné de noblesse et même de bourgeoisie. Ainsi, Julien, peu avant sa mort, résumera l’ambition comme fil conducteur de ses agissements au cours de sa vie : « le devoir que je m’étais fixé prescrit, à tort ou à raison…. a été comme le tronc d’un arbre solide auquel je m’appuyais pendant l’orage ; je vacillais, j’étaisagité. Après tout je n’étais qu’un homme…. Mais je n’étais pas emporté. » (p. 500). De plus, Julien et Mathilde ont chacun un point commun dû à cette ambition : la vénération d’un modèle. Ainsi, Julien est tout à fait en admiration face à Napoléon, ce qui lui est pourtant fort répréhensible dans la société qu’il côtoie quotidiennement, comme le rappelle l’épisode du portrait chez les de Rênal ; Julienenvoie Me de Rênal fouiller dans sa chambre afin qu’elle lui rapporte « une petite boîte de carton noir et lisse », en s’empressant d’ajouter «je vous supplie de ne pas regarder ce portrait, c’est mon secret » (p.66). Ce portrait est celui de Bonaparte, la crainte de Julien étant bien-sûr de voir « toute [sa] réputation tombée, anéantie en un moment ! » (p.67). Il brûlera par ailleurs la lettre àl’instant.
Le modèle de Mathilde est un de ses ancêtres, Boniface de La Mole, qui fût décapité en 1574 et dont la maîtresse, qui n’était autre que Marguerite de Navarre, « osa faire demander au bourreau la tête de son amant » pour l’enterrer elle-même dans une chapelle (p.308). Cet épisode, qu’on apprend car Mathilde porte le deuil chaque année à la date de cette exécution, symbolise pour elleles vertus de courage et de bravoure qu’elle associe au XIXe siècle, et qu’elle regrette souvent : ainsi s’exclame-t-elle, dédaignant ses prétendants, « c’était à la cour de Henri III que l’on trouvait des hommes grands par le caractère comme par la naissance ! » (p.333). Ainsi, elle-même, à la mort de Julien, voudra « ensevelir de ses propres mains la tête son amant » (p.506). L’ambition de...
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