Le droit du plus fort

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  • Publié le : 18 avril 2010
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"Le plus fort n'est jamais fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence et réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à laforce est un acte de nécessité, non de volonté; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ?
Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable, car sitôt que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause. Toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéirimpunément, on le peut légitimement ; et, puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit pas de faire en sorte qu'on soit le plus fort. Or qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse ? S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir ; et si l'on n'est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la force, il ne signifie icirien du tout."
J.-J. ROUSSEAU, Du contrat social I, 3
 
 
 

Etude globale du texte

Contexte

Rousseau, dans le premier livre du Contrat social, recherche le fondement du droit. Cette recherche le conduira à le mettre au compte de ce qu'il appelera la "volonté générale", celle des hommes qui renoncent à l'exercice individuel de leur liberté pour se soumettre à la loiqu'ils s'imposent collectivement. Dans l'immédiat il écarte la force comme source possible du droit.

Thème

Il est question du "droit du plus fort".

Question

Rousseau se demande si la notion de "droit du plus fort a un sens" et met ainsi en question sa validité.

Thèse

Rousseau démontre que la notion de droit du plus fort estinconsistante : "le mot de droit du plus fort ... ne signifie rien du tout".

Composition

Pour récuser la notion de droit du plus fort, Rousseau montre l'absurdité d'un droit qui prétendrait se fonder sur la force. Il le fait en deux temps.
- Dans un premier temps il relève l'incohérence conceptuelle de l'idée d'un droit du plus fort.
- Dans un secondtemps, en raisonnant par l'absurde, il en expose les inconséquences.
 

Indications en vue d'une explication et d'une critique du texte

 

Premier temps de l'argumentation

« Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort, droit pris ironiquement enapparence et réellement établi en principe.»

Rousseau commence par dénoncer l'incohérence de la notion de "droit du plus fort" en démontrant l'incompatibilité des termes qui entrent dans sa composition. Ceux-ci, fait-il observer, sont de nature différente : la force "est une puissance physique" alors le droit est une puissance dont il montre qu'elle est morale. Le règne de la force estce lui de la nécessité. Celui qui s'y trouve soumis ne peut lui résister qu'en lui opposant une force contraire. Il ne peut pas de pas y être soumis. Le droit s'adresse quant à lui au bon vouloir de ceux qu'il oblige en leur faisant un devoir de le respecter. Il s'adresse à leur liberté, il fait appel à leur sens du bien. Kant fera ainsi de l'existence du devoir la preuve même de l'existence de laliberté : pour que l'obéissance ait un sens, il faut qu'existe la possibilité de s'y soustraire !
Pourquoi Rousseau dit-il que le "droit du plus fort" est pris ironiquement ? Il est pris ironiquement en ce sens qu'il semble que la force puisse se passer du droit et qu'elle en tienne lieu. Pourtant, le droit est aussi une force, une force morale que, l'on a avantage à ajouter, et même,...
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