Le mal

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  • Publié le : 2 avril 2011
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Kant va s’attacher à analyser la notion même de " mal moral " afin de résoudre le problème de son origine/ imputation.
Pour y répondre, il faut d’abord se demander ce qu’est la morale, et quelles sont ses conditions sine qua non. Une action est morale si elle n’est pas imposée : la morale suppose la liberté de se déterminer à faire quelque chose, et qualifie surtout l’intention, pas l’acte.Ainsi si je tue quelqu’un involontairement, sans avoir l’intention de le tuer, et à cause de circonstances extérieures (qu’elles soient purement accidentelles ou bien plus ou moins, comme l’état qui suit la prise d’alcool etc.), on ne peut parler d’acte moral, ni même, par conséquent, d’un mal moral. Ce mal n’est pas moral, parce qu’il ne dépend pas de nous. Il ne nous est pas imputable. On peutplutôt parler d’un mal métaphysique, pour reprendre l’appellation leibnizienne.
Donc : si le mal est dit moral, il ne peut avoir pour origine les inclinations sensibles, désirs, etc. La morale suppose en effet la liberté, qui s’oppose à la nature. Or, les inclinations sensibles renvoient bien au côté naturel/ animal/ instinctif de notre être, pas à la liberté ! Nous n’en sommes pas les auteurs, et nesommes donc pas responsables de leur existence. Pour pouvoir parler de mal moral, il faut donc que le mal ait son origine dans la liberté. Cela est compris dans la notion même.
Le mal moral qualifie donc un acte, qui non seulement est contraire à la loi, mais aussi, et surtout, qui repose sur un principe mauvais (i.e. : la décision d’agir contrairement à la loi morale, la perversion de la loimorale).
Kant, La religion dans les limites de la simple raison, I, 3
La proposition : " l’homme est mauvais ", ne peut vouloir dire autre chose d’après ce qui précède que : " il a conscience de la loi morale et il a cependant admis dans sa maxime de s’en écarter (à l’occasion) ".

2) Si le mal moral suppose la liberté, y a-t-il pour autant une volonté diabolique ? L’homme est-il un démon ?Kant, De la religion dans les limites de la simple raison, I, 3
Donc, pour donner un fondement du mal moral dans l’homme, la sensibilité contient trop peu ; car, en ôtant les motifs qui peuvent naître de la liberté, elle rend l’homme purement animal ; mais en revanche une raison qui libère de la loi morale, maligne en quelque sorte (une volonté absolument mauvaise) contient trop au contraire,parce que par là l’opposition à la loi serait même élevée au rang de motif (car sans un motif l’arbitre ne peut être déterminé) et le sujet deviendrait ainsi un être diabolique. Aucun des deux cas ne s’applique à l’homme.


Si Kant nous aide à penser le problème du mal moral, c’est parce qu’il nous montre que nous n’avons pas le droit de dire que l’homme ne peut pas vouloir le mal, i.e., ne peutpas faire le mal volontairement, librement, en connaissance de cause ; mais également, que nous n’avons pas plus le droit de dire que l’homme qui fait le mal a une volonté absolument mauvaise. Une volonté absolument mauvaise ignorerait toute loi morale, or, on ne peut supposer son absence en aucun homme. Une volonté absolument mauvaise serait le fait d’un démon, pas d’un homme doué de raison.
Onpeut penser que si la première hypothèse revient à déresponsabiliser l’homme, la seconde tombe dans la même erreur, puisque l’homme ne serait alors pas libre de faire le mal : il serait mauvais, un point c’est tout.
Kant nous permet ainsi de ne pas nous décharger une fois encore de notre responsabilité/ liberté, en disant que celui qui commet le mal moral est un dépravé, un monstre, un démon.Bref, pas un homme.
Toutefois, il ne nous permet pas d’aller plus avant. Pour lui, en effet, l’origine du mal est insondable. Le mal moral reste un mystère inaccessible à la raison. Nous voudrions quant à nous mieux comprendre les rouages du mal moral, i.e., essayer de comprendre ce qui peut mener un "homme " à commettre le mal. Car si celui qui commet le mal n’est ni un sous-homme ni un...
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