Le rire satirique

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Sujet bac 2007 : Français Série ES – Métropole
BACCALAUREAT GENERAL SESSION 2007

EPREUVE DE FRANÇAIS
SERIES ES – S

Durée de l’épreuve : 4 heures

Coefficient : 2

L’usage des calculatrices est interdit.

Objet d’étude : Convaincre, persuader, délibérer

Textes : Texte A – Jean de La Bruyère, Les Caractères, « De l’homme » 121, 1688-1696 Texte B – Victor Hugo, Choses vues, 1846Texte C – Jacques Prévert, Paroles, « La Grasse Matinée », 1946

Le candidat s’assurera qu’il est en possession du sujet correspondant à sa série.

Bac 2007 – Série ES – Français – Métropole

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TEXTE A – Jean de La Bruyère, Les Caractères, « De l’homme »

Gnathon ne vit que pour soi, et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s’ils n’étaient point. Non content deremplir à une table la première place, il occupe lui seul celle de deux autres ; il oublie que le repas est pour lui et pour toute la compagnie ; il se rend maître du plat, et fait son propre1 de chaque service : il ne s’attache à aucun des mets, qu’il n’ait achevé d’essayer de tous ; il voudrait pouvoir les savourer tous, tout à la fois. Il ne se sert à table que de ses mains ; il manie lesviandes2, les remanie, démembre, déchire, et en use de manière qu’il faut que les conviés, s’il veulent manger, mangent ses restes. Il ne leur épargne aucunes de ces malpropretés dégoûtantes, capables d’ôter l’appétit aux plus affamés ; le jus et les sauces lui dégouttent du mention et de la barbe ; s’il enlève un ragoût de dessus un plat, il le répand en chemin dans un autre plat et sur la nappe ; onle suit à trace. Il mange haut3 et avec grand bruit ; il roule les yeux en mangeant ; la table est pour lui un râtelier4 ; il écure5 ses dents et il continue à manger. Il se fait, quelque part où il se trouve, une manière d’établissement6, et ne souffre pas d’être plus pressé7 au sermon ou au théâtre que dans sa chambre. Il n’y a dans un carrosse que les places du fond qui lui conviennent ; danstoute autre, si on veut l’en croire, il pâlit et tombe en faiblesse. S’il fait un voyage avec plusieurs, il les prévient8 dans les hôtelleries, et il sait toujours se conserver dans la meilleure chambre le meilleur lit. Il tourne tout à son usage ; ses valets, ceux d’autrui, courent dans le même temps pour son service. Tout ce qu’il trouve sous sa main lui est propre, hardes9, équipages10. Ilembarrasse tout le monde, ne se contraint pour personne, ne plaint personne, ne connaît de maux que les siens, que sa réplétion11 et sa bile, ne pleure point la mort des autres, n’appréhende que la sienne, qu’il rachèterait volontiers de l’extinction du genre humain.

____________________________ 1 son propre : sa propriété. 2 viandes : se dit pour toute espèce de nourriture. 3 manger haut : mangerbruyamment, en se faisant remarquer. 4 râtelier : assemblage de barreaux contenant le fourrage du bétail. 5 écurer : se curer. 6 une manière d’établissement : il fait comme s’il était chez lui. 7 pressé : serré dans la foule. 8 prévenir : devancer. 9 hardes : bagages. 10 équipage : tout ce qui est nécessaire pour voyager (chevaux, carrosses, habits, etc.). 11 réplétion : surcharge d’aliments dansl’appareil digestif.

Bac 2007 – Série ES – Français – Métropole

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TEXTE B – Victor Hugo, Choses Vues Hier, 22 février1, j’allais à la Chambre des Paris2. Il faisait beau et très froid, malgré le soleil de midi. Je vis venir rue de Tournon un homme que deux soldats emmenaient. Cet homme était blond, pâle, maigre, hagard ; trente ans à peu près, un pantalon de grosse toile, lespieds nus et écorchés dans des sabots avec des linges sanglants roulés autour des chevilles pour tenir lieu de bas ; une blouse courte, souillée de boue derrière le dos, ce qui indiquait qu’il couchait habituellement sur le pavé ; la tête nue et hérissée. Il avait sous le bras un pain. Le peuple disait autour de le lui qu’il avait volé ce pain et que c’était à cause de cela qu’on l’emmenait....
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