Le rivage des syrtes

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  • Publié le : 21 juin 2010
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LE RIVAGE DES SYRTES, Julien Gracq
Analyse de texte (pp. 199-201)

Introduction

Comme nous l’annonce Gracq au début du chapitre dans lequel se trouve notre passage, l’extrait que nous allons étudier se situe à un moment capital de l’œuvre : après avoir embarqué sur le Redoutable, Aldo, notre héros-narrateur, part en direction des côtes du Farghestan dans le dessein de franchir la limiteassignée habituellement au parcours des patrouilles. Lors du récit du voyage, quelque peu avant la transgression de la limite, Aldo se retrouve dans la cabine de Marino, méditant sur cette tentation sans remède que représente le Farghestan, un « au-delà fabuleux d’une mer interdite », lorsque le récit se trouve interrompu par un deuxième récit. Ce second récit est précisément l’extrait sur lequelva porter notre analyse.
Comme nous le révèlent certains indices, notre passage exerce la fonction de prolepse (en langage narratif) dans notre récit, c’est-à-dire que le narrateur informe le lecteur dans le récit présent, de ce qui adviendra plus tard. En plus de nous révéler la fin tragique de l’œuvre de Gracq, le lecteur découvre dans cet extrait un regard, qui est alors marqué par l’Histoireet ses conséquences. Cet extrait révélateur fait ainsi « peser sur le récit un certain poids destinal »[1]. L’objet de notre analyse portera donc sur ce nouveau regard dans un premier temps. Puis dans une deuxième partie de l’analyse, nous nous pencherons sur les conséquences de ce passage au niveau du lecteur. Nous tenterons ainsi de déterminer l’horizon d’attente du lecteur.

L’identitéd’un nouveau regard

L’identité de ce nouveau regard apparaît au travers du procédé de la prolepse. Celle-ci se laisse deviner au travers des deux éléments soulignés, lorsque le narrateur affirme :

« Quand le souvenir me ramène – en soulevant pour un moment le voile de cauchemar qui monte pour moi du rougeoiement de ma patrie détruite – à cette veille où tant de choses ont tenu en suspens(…) ».

Le lecteur ne se trouve donc plus en présence du jeune Aldo, que nous avons en réalité quitté pour quelques instants dans la cabine de Marino, mais se trouve en présence du vieil Aldo qui a survécu à la guerre entre Orsenna et le Farghestan.

Regard du vieil Aldo

Cependant comme nous allons le constater dans notre extrait, on remarque que le regard du vieil Aldo s’est modifié quelquepeu. En effet, après avoir pu méditer quelque temps sur son aventure personnelle, en écrivant son récit, Aldo nous révèle dans notre extrait que le temps nous permet de pouvoir prendre du recul et ainsi modifie le jugement sur les événements passés. Comme le confirme Yves Bridel, « l’histoire modifie le jugement que l’on peut porter sur certains actes, dont on ne mesure qu’à travers elle la portéeet le sens »[2]. C’est ce nouveau regard que nous présente Aldo dans notre extrait. Cette nouvelle vision qu’Aldo n’a pu acquérir qu’avec le temps, s’était déjà établi dès le début dans l’esprit de Vanessa. En effet, on constate ceci, lors qu’Aldo la retrouve après la visite nocturne de l’envoyé. Aux répliques accusatrices d’Aldo, Vanessa répond :

« Ni toi ni moi ne comptons tellementdans cette affaire (…). Non, Aldo. Quelqu’un est allé là-bas. Parce qu’il n’y avait pas d’autre issue. Parce que c’était l’heure. Parce qu’il fallait que quelqu’un y aille… »[3]

Vanessa essaie donc d’expliquer à Aldo qu’ils n’ont fait que soutenir les événements, lui en franchissant la limite et elle en répandant la rumeur de cette affaire dans tout Maremma. Ils n’ont ainsi qu’assistél’accomplissement d’un événement déjà prédestiné.
Aldo s’affole en pensant aux conséquences de son acte terrible, comme nous l’avons relevé, il se condamne et ne peut que juger son acte et celui de Vanessa comme une trahison à l’égard de sa patrie. Contrairement à Aldo, Vanessa paraît apaisée, à présent tout est à sa place, en chemin vers ce nouveau jour. « Elle est ainsi déjà de l’autre côté, car...
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