Le stres au travail - la nouvelle maladi des travailleurs

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  • Publié le : 6 août 2010
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Le stress, fléau de la modernité

Toile d'araignée ? Raz-de-marée ? Rouleau compresseur ? On hésite sur le choix de la métaphore. C'est que le trop-plein de stress1, tout en collant de plus en plus à nos vies et en posant ses pièges dans les moindres recoins du champ social – privés comme publics –, sème sur sa route un nombre alarmant de destins malmenés, sinon brisés, laminés, broyés. Leschiffres, toutes générations et toutes institutions confondues (éducation, famille, entreprise…), sont sans équivoque. Selon une récente étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques, les écoliers français sont les plus stressés des pays industriels. Dans un autre registre, lors de la cinquième enquête nationale des sociétés étudiantes mutualistes régionales, menée en 2006,43,6 % des étudiants ont déclaré présenter au moins un de ces trois signes de « dépressivité » : sentiment de tristesse, perte de confiance en soi, pensées suicidaires. Les jeunes confrontés à la souffrance psychique se montrent par ailleurs plus sensibles que les autres aux addictions (tabac, cannabis, alcool). S'agissant des salariés, le tableau n'est guère plus réjouissant. D'après l'Institutfrançais d'action sur le stress, le surstress au travail toucherait plus de 32 % des femmes et 25 % des hommes. De quoi être effrayé, d'autant que les experts pronostiquent une flambée des mises en invalidité pour des problèmes psychiques dans les prochaines années.
 

Du « nous » au « je »
Que s'est-il donc produit pour que la France de 2007 soit à ce point sous pression ? Les siècles passés necharriaient-ils pas des peurs et des malheurs (disettes, épidémies, guerres à répétition, crainte du démon et de la damnation éternelle…) autrement anxiogènes que ceux qui étreignent nos sociétés occidentales ? Sans l'ombre d'un doute. Mais une donnée capitale, analyse Alain Ehrenberg, directeur du Centre de recherche psychotropes, santé mentale, société (Cesames)2, explique le flot desouffrances psychosociales qui, depuis trois ou quatre décennies, s'est mis à nous submerger : l'individualisation de la condition humaine. C'est une césure décisive, un changement dans la hiérarchie des valeurs et des normes avec, pour conséquence, une mutation radicale du statut de l'individu. « Mon hypothèse3, dit Alain Ehrenberg, est qu'au fur et à mesure que les valeurs de “propriété de soi”(c'est-à-dire l'accroissement considérable des possibilités morales de choisir son “style de vie”), d'accomplissement personnel et d'initiative personnelle se sont ancrées dans les sociétés contemporaines, un nouveau type d'“être social” a émergé. Un “être social” auquel on demande toujours, certes, de la discipline et de l'obéissance, mais surtout de la capacité à décider et à agir par lui-même, qu'ils'agisse de recherche d'emploi, de vie de couple, d'éducation, de manières de travailler, de se conserver en bonne santé, etc. » Autrement dit, « la dynamique d'émancipation généralisée qui s'est amorcée au cours des années 1960 », relayée par la montée en puissance des mots « changement », « concurrence », « initiative », « efficacité », « incertitude », etc., dans le langage commun, au cours desannées 1980, a fini par produire « l'impression que chaque individu, considéré comme une totalité autonome, est l'entier responsable de sa propre existence. Il est résulté de cet élargissement des “frontières de soi” ou de cette “totémisation de soi”, pour paraphraser Claude Lévi-Strauss, un déclin de l'irresponsabilité et, par contrecoup, une multiplication des causes d'angoisse et de l'insécuritépersonnelle ».
 
Libre… d'échouer ?
Un « je », plus libre mais plus vulnérable, s'est ainsi substitué partiellement au « nous » d'antan, plus contraignant mais plus sécurisant. Le quotidien d'autrefois n'était en rien plus aimable que le nôtre, mais l'existence de solidarités ancestrales, de cadres communs facilitant des enracinements multiples, de rituels exutoires, etc., consolidait le lien...
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