Le travail n'est il que servitude

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  • Publié le : 16 novembre 2011
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Sujet : Le travail n’est-il que servitude ?

Dans « Une Journée d’Ivan Denissovitch », Alexandre Soljenitsyne rapporte les conditions de travail des hommes : par –25°C, le ventre vide etc. Cependant, il rapporte de son héros que tout en construisant ce mur, il y trouvait une joie. Bien plus, pour l’amour du travail bien fait, cet homme a couru le risque de se retrouver au cachot. Cet épisodemet en évidence trois possibilités : le travail vécu comme contrainte ; le travail vécu comme libération individuelle au sens où le sujet s’accomplit dans son travail ; le travail comme réalisation sociale et libération collective.

Un acte libre est un acte dans lequel le sujet peut se reconnaître. Il y a par conséquence servitude quand le principe de mon action se trouve hors de moi (ex :l’esclavage). Or, le travail passe nécessairement par une soumission à des conditions que je n’ai pas voulues, que je n’ai pas espérées, qui ne relèvent pas de mon propre pouvoir. Tout travail est dépendant du temps (le travail demande du temps).Le temps n’est que le signe de l’affrontement à la matière (vaincre la matière ne peut se faire que dans le temps). Dans le travail, le travailleur n’est quel’intermédiaire entre un état de la matière et un autre. Ce n’est pas lui qui définit les conditions de réussite, les conditions de l’élaboration du produit de son travail.

Non seulement le travail est soumission à la matière mais il suppose également une collectivité : on ne travaille pas seul. Le travailleur est un rouage de la société. L’autarcie absolue n’existe pas et tout travail rentre dansun processus d’échange (le travail se distingue ainsi du bricolage et dans une moindre mesure de l’art). Ce n’est que dans la mesure où quelqu’un réalise quelque chose exclusivement pour soi qu’il sort du principe de servitude. Tout travail répond à des conditions qui dépendent de l’acheteur.

Le travail est perte de soi car il ne permet pas de se reconnaître vraiment. Il y a aliénation nonseulement parce que le travail est acheté mais aussi parce que le travailleur n’est pas rémunéré à la part correspondante de son travail. Cette servitude inhérente au travail ne fait question que dans la mesure où elle se vit sur le lei même où l’homme devrait se réaliser. Voilà pourquoi l’homme recherche les loisirs. La valorisation du loisir croît en fonction de la dévalorisation du travail. Sil’homme peut dire « enfin libre ! » lorsqu’il s’arrête de travailler, alors on peut affirmer que le travail est synonyme d’aliénation.

Néanmoins, dans son effort pour transformer la matière, ne peut-on pas dire que l’homme se transforme lui-même ? Dans cette mise en œuvre de ses capacités, l’homme ne se réalise t-il pas comme un être social ? Bref, le travail n’est-il pas ce qui garantit l’humanitéde l’homme ?

En luttant contre la nature par l’intermédiaire de l’outil, l’homme fait deux choses simultanément :il modifie le réel en dehors de lui (il s’affranchit de ce réel) ; il imprime sa marque à la nature, humanise le monde dans lequel désormais l’homme se reconnaît. Peut-être n’apprécions nous véritablement la nature qu’à travers l’activité humaine ; peut-être recherchons nous dans unpaysage la trace de l’homme oubliant de le regarder pour lui-même.

Si le travail permet à l’homme de se faire, de se construire, c’est bien qu’il permet de le faire comme être social. MARX souligne le rôle prométhéen du travail et parle même d’une auto-genèse de l’homme. Or, celui-ci ne peut se faire comme homme que dans la mesure où il participe à la collectivité. La réalisation ne peut êtreréelle que si elle est sociale, d’où l’exaltation socialiste du travail : l’homme y trouve sa dignité autant qu’il participe à la construction de la société. MARX rappelle que ce qui fait l’homme, ce sont le langage et le travail car ce sont deux activités d’échange. Celui qui ne travaille pas sera perçu comme bénéficiant d’une réalité sociale à laquelle pourtant il ne participe pas....
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