Les jardins naissent

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  • Publié le : 10 mai 2011
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Les jardins naissent comme les pays renaissent…
Jean-Euphèle Milcé vient de sortir le roman de l’après séisme. Tout se passe comme si le jeune romancier voulait nous sortir des décombres à travers un imaginaire florissant. Une opération audacieuse paru justement aux Editions Coups de Tête et qui sera bientôt dans les bacs à Port-au-Prince. Le titre inspire et fait rêver : «  Les jardinsnaissent ».
L’histoire se déroule en partie dans la tête d’une jeune coopérante. Marianne, qu’elle s’appelle, et de tempérament, elle ne supporte nullement la bride au cou que constituent toutes ces règles imposées par son organisation caritative qui veut protéger les expatriés des malheurs qui accablent ce pays. Elle supporte encore moins la froide arrogance de sa cheffe-infirmière, réglée comme dupapier à musique, honorable gestionnaire de « l’industrie » humanitaire, une femme sans cœur qui ne connait pas « la religion de la coexistence ».
Elle est venue dans cette ville de Port-au-Prince soufflée par le séisme, pour aider, non pour assister au spectacle tragique et silencieux de la mort en direct. Marianne promène son désœuvrement d’assistante humanitaire dans les rues encombrées de laville. Dans le dédale de nos corridors où grouille tant de vies en un mouchoir d’espace, où s’invente le monde à chaque minute, où la vie joue à la marelle, où l’art total et libre refuse les clichés de musée, celle qui venait d’ ailleurs revendique un nouvel humanisme.
Si elle est impuissante devant l’ampleur des malheurs et la lenteur exaspérante de la reconstruction, elle ne veut guère resterindifférente à toute cette pâte humaine malaxée et chauffée au four solaire d’un pays mythique même dans les dimensions bibliques de sa destruction. Marianne ne veut pas être une humanitaire « compétente »   bardée de diplômes qui transite dans le « couloir de la mort », rien que pour avoir des choses à raconter à sa progéniture, comme d’ autres aimaient raconter, jadis, dans les conversations decafé du commerce avoir fait le « Biafra ».
Elle refuse aussi d’être une militante « gaucho-populo » au créole cocardier et conquérant ou une occidentale en mal de « trip » qui chercherait dans la misère d’autrui une nouvelle forme  d’ecstasy. Se shooter à la misère, la vraie, celle dont on peut respirer l’effluve en plein midi. La misère noire, crasse, qui rampe comme un dangereux reptile et quiampli l’espace et qui vous bouffe l’oxygène.
La pauvreté ici n’est pas à quatre balles, elle est d’une « opulence » arrogante, c’est une « star » aux bijoux clinquants qui peuvent se voir d’un avion. On vient du monde entier pour la photographier ou poser à ses cotés. Marianne refuse cet exotisme de la misère.
Marianne, héroïne d’une nouvelle forme de solidarité, toute simple, toute nue, toutevraie ! Son travail au service du Comité International de la Croix–Rouge n’est que prétexte pour vivre son propre idéal, celui de ne pas rester indifférente au monde, une sorte de quête « camusienne » de sens. Sisyphe postmoderne d’une réalité aux dimensions irréelles, elle sent confusément en elle que c’est dans ce lieu de pierres que naîtra le monde nouveau.
Et puis, il y a Daniel, ce jeuneHaïtien, « chimè » de naissance, partageux du 21e siècle, pourtant artiste et non fauteur de guerre civile. Il est un déporté du Canada pour avoir voulu rester au Québec, ville de ses fantasmes, l’utopie des artistes, un lieu où on peut partir créer en paix. Mais la paix et la prospérité ne sont pas pour les « goujats », les maraudeurs du bonheur de la civilisation, les resquilleurs de la société deconsommation. Daniel n’est pas une foudre de guerre : perdu dans « la fosse aux lions » de son quartier mal famé, où l’on  va à la mort par habitude, il n’a que ses « dreads locks » comme moyen de dissuasion. Il traine pourtant une réputation de « kidnapper » de jeune blanche en mal d’exotisme. «  Lô malere tout bagay sanble ou ».
Le commandement de la Police, s’est même fendu d’un...
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