Les sommets de l'etat

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  • Publié le : 9 avril 2011
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Fiche de lecture : Les sommets de l’Etat, Essai sur l’élite du pouvoir en France (1977) ; Pierre Birnbaum, 1994, Seuil, Paris.

Cet essai se propose d’étudier précisément l’Etat en France, cette spécificité nationale, celui que l’on nomme parfois « l’Etat fort à la francaise » . Pour ce faire, Pierre Birnbaum analyse empiriquement le personnel détenant « les sommets de l’Etat » et distingueainsi différentes périodes historiques, se caractérisant par une fusion ou une dissociation des pouvoirs politique, administratif et/ou économique.

Introduction : En partant du principe selon lequel l’action de l’Etat dépend, du moins en partie, du personnel qui le constitue et qui agit en son nom, Pierre Birnbaum entreprend ici une analyse du personnel politico-administratif afin de déterminer lanature de l’Etat, selon la période historique étudiée. Il s’agit donc d’étudier la « classe politique francaise », c’est-à-dire le personnel politique (ministres, parlementaires…), le personnel « administratif » (haute administration) et leurs relations, mais aussi les liens de cette classe politique avec les acteurs économiques dominants, afin de comprendre la mise en œuvre des décisions del’Etat.
La classe politique francaise semble à première vue présenter une grande hétérogénéité entre 2 catégories, les professionnels de la politique et les hauts fonctionnaires. Ces deux catégories ont cependant, dans l’histoire de France, « entretenu des relations de nature différente qui vont de la franche hostilité à la fusion quasi complète ». Ainsi étudier empiriquement l’homogénéité oul’hétérogénéité, la fusion ou l’éclatement de l’élite politico-administrative aux sommets de l’Etat, c’est étudier la cohésion de l’Etat, l’unité de l’Etat ainsi que la question de son autonomie fonctionnelle, autrement dit de son indépendance.
Certains le pensent comme un instrument doué d’une volonté propre, d’autre comme un simple instrument au service de la classe économiquement dominante. Or, pourdéfinir l’Etat et être capable de trancher entre les différentes conceptions théoriques, il faut dire « ce qu’est l’Etat lui-même » , « analyser le personnel qui parle et agit en son nom », le personnel dirigeant, autrement dit, analyser les « sommets de l’Etat » : En effet, « Dans une certaine mesure, l’autonomie de l’Etat dépend de celle de son personnel dirigeant ».

Chapitre 1 : La prétention del’Etat à l’indépendance : construction du modèle.

« Pays fortement centralisé, la France s’est constituée sous l’action unificatrice de l’Etat » et des ses institutions (école, justice, armée…), qui ont ainsi « modelé par [leur] action la société globale toute entière » et éliminé progressivement tous les pouvoirs partiels. C’est ainsi une spécificité de la France, cette forte centralisation,héritée de la monarchie absolue de l’Ancien Régime, consolidée par les révolutions (cf. les analyses de Tocqueville) et qui s’est encore renforcée au XXème siècle.
Fort de cette centralisation, l’Etat est un acteur incontournable dont il faut étudier la plus ou moins grande autonomie.
Dans l’Histoire de France, l’Etat a souvent prétendu à l’indépendance.
C’est ainsi notamment le cas sous leSecond Empire (Napoléon III), cas étudié et analysé par Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte.
Alors menacée dans ses intérêts économiques par les évènements de 1848, la bourgeoisie choisit d’abandonner son contrôle sur l’Etat et de se contenter de son pouvoir économique, pour être sure d’être en mesure de le conserver. L’Etat échappe donc désormais aux détenteurs du pouvoir économique.Apparaît ainsi une «  cassure entre le pouvoir politique et le pouvoir économique grâce à laquelle l’Etat va prétendre accéder à l’indépendance »
L’Etat subordonne alors toute la société, toutes les classes , et se rend ainsi « indépendant de la société » (Marx) : l’Etat acquiert plus qu’une simple autonomie, son « indépendance », et celle-ci se fonde, d’après Marx, sur l’armée mais...
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