Lettre 181 des liaisons dangereuses

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  • Publié le : 7 mars 2010
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Etudier les centres d'intérêt que présente la lettre LXXXI des Liaisons dangereuses...

Pierre Ambroise Choderlos de Laclos est officier d'artillerie en garnison lorsqu'il entame la rédaction de son plus fameux ouvrage : Les Liaisons Dangereuses. Publié en 1782, ce roman épistolaire et libertin tisse les liens d'un cercle d'aristocrates aux moeurs dévoyées, qui se plaisent à corromprecelles d'âmes plus honnêtes. En en faisant l'objet d'un pari, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont se posent en rivaux, et ce qui n'était qu'un jeu, deviendra un enjeu, un combat pour la supériorité avant de s'achever en guerre ouverte. Dans la lettre LXXXI, de la Merteuil à Valmont, nous nous situons au coeur de l'oeuvre, au moment où le pari devient lutte. La marquise affirme d'embléesa supériorité sur le vicomte (et sur toutes les autres femmes), et la soutient par de nombreux arguments. Ce faisant néanmoins, elle dévoile les clefs de son personnage complexe, et peut-être jusqu'à ses failles. Ainsi elle établit une relation ambigüe avec son ancien amant.

Madame de Merteuil amorce sa lettre avec un ton plus que condescendant "Que vos craintes me causent de pitié !". Ellerépond par le dédain et le mépris aux mises en garde de Valmont concernant son amant, le "très joli Prévan", comme il le dit à la lettre LXXIX. On note ainsi tout un champ lexical de la supériorité dans les deux premiers paragraphes : "pitié" ; "supériorité" ; "mon pauvre" ; "quelle distance il y a encore de vous à moi !" ; "l'intervalle qui nous sépare" ; "votre incroyable gaucherie" ; "le peude valeur de votre conduite" etc. On peu de même relever le tutoiement que la marquise emploie dans le premier paragraphe ("il te sied bien...") qui dans un autre contexte eût pu passer pour un gage d'affection, mais qui ici marque nettement le peu de considération qu'elle accorde aux "craintes" du vicomte. Au cours du deuxième paragraphe, la Merteuil dresse le catalogue des faux-pas, des erreursde Valmont, en affirmant ne pas les lui reprocher. Mais cette liste marque au contraire le fait indéniable qu'elle les relève avec précision, et qu'elle lui en tient rigueur. Ainsi elle "note" quatre fautes, sur lesquelles elle affirme passer (ce qui du reste marquerait encore sa supériorité en la plaçant ainsi dans une posture d'impératrice magnanime qui "pardonne") - "j'y consens" ; "je souriset vous le passe" ; "je le veux bien encore" ; "cette vanité ne me nuit pas, et je la pardonne". On remarque par ailleurs, que "l'humeur" de la marquise va crescendo. Enfin elle conclut le paragraphe par la "goutte de trop", qu'elle ne peut ignorer. Elle place par surcroît cette dernière faute sous le signe de la "confiance" qu'elle aurait en lui, ce qui est significatif par rapport au reste dela lettre. Non contente de lui montrer ses erreurs, Madame de Merteuil poursuit en dénigrant son ami. A la vérité Valmont n'a que peu de mérite, et elle place ceux-ci sur le compte du hasard et de la nature.
Supérieure au vicomte comme elle vient de le démontrer, elle tient aussi à être reconnue supérieure aux hommes ("venger notre sexe et maîtriser le vôtre"). Par de nombreuses formules, ellemarque les différences qui existent entre elle, la plus experte des femmes et les hommes. On remarque le chiasme "notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur est de ne pas gagner" ou encore "cette partie si inégale". Ici le souci de la femme qu'à Laclos perce. La Merteuil évolue dans une société dominée par le pouvoir des hommes (et dont elle semble accepter les codes) et elle reconnaîtles difficultés de son sexe tout en se plaçant nettement au-dessus des "autres femmes" ("mais moi qu'ai-je de commun avec ces femmes inconsidérées ?"). Ainsi la marquise amène peu à peu le constat suivant : elle a dû, seule, inventer la femme qu'elle est, afin de se prémunir face au pouvoir des hommes.

Madame de Merteuil se lance donc dans une auto-analyse de son personnage, qui relève de...
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