Lussault michel, l'homme spatial

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  • Publié le : 30 décembre 2010
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M2R Carthagéo
Université Paris 1
Janvier 2007

Michel Lussault, professeur de géographie et président de l’université de Tours, nous livre ici[1] un ouvrage dans la totale continuité du désormais incontournable dictionnaire[2] qu’il a dirigé avec son acolyte Jacques Lévy. Rien de bien neuf dans ce livre, qui reprend, parfois mots pour mots, les entrées du dictionnaire, si ce n’est queces définitions sont mises en récit et illustrées par des exemples. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur deux « courts récits » narrant d’une part l’épisode du tsunami étant survenu au large du littoral indonésien en Décembre 2004, et d’autre part le refus d’une américaine noire de céder sa place dans le bus contrairement à ce que la loi ségrégative de l’époque exigeait. Ces deux exemples serontrégulièrement repris, et complétés par d’autres, en renfort à la démonstration théorique. Ce livre qui se présente comme « un mode d’emploi de l’espace humain » est composé de trois parties : les deux premières (« L’espace des sociétés », « Faire avec l’espace ») développent la théorie de l’espace telle que la conçoit Michel Lussault, la dernière partie (« Variations géographiques sur le thème del’urbain ») étant plutôt une étude de cas et une application de la théorie à un espace spécifique : l’urbain.

A noter en préambule que Michel Lussault aborde la géographie comme science de l’espace et qu’il cherche donc à la définir par son objet d’étude. Les géographes analysent l’espace terrestre depuis l’Antiquité, mais l’« espace géographique » n’est devenu que récemment le porte-drapeau etconcept-roi de la discipline. Si les géographes ont toujours eu une vision spatiale des faits, ils l’exprimaient avec des concepts différents tels que le « lieu » (portion de surface terrestre), la « région » ou encore la « surface terrestre ». C’est dans les années 1960 que l’espace s’est imposé comme paradigme. Ainsi Pierre George, dans son dictionnaire[3], définit la géographie comme « science del’espace géographique », sans pour autant donner de définition à ce concept. Pour André Dauphine[4], trois explications peuvent être avancées pour comprendre l’avènement de l’espace comme objet géographique. Il relève tout d’abord l’amplification des contradictions spatiales (notamment à l’interface urbain-rural) et le développement de la planification spatiale qui créent un nouveau vocabulaire où lemot espace joue un rôle important. C’est aussi à cette époque que se développe l’économie spatiale. En effet, avant la première guerre mondiale, les économistes ne faisaient pratiquement pas référence à l’espace ou le réduisaient au seul concept de distance. Enfin, il souligne l’apport de la nouvelle géographie anglo-saxonne : points, lignes organisées en réseaux, trames et champs gravitairescentrent les débats sur l’espace. Au début, ce concept neuf d’espace géographique est intégré dans un cadre classique, il est donc d’abord concret et synthétique. Puis l’espace géographique est peu à peu assimilé à un concept, à une formalisation abstraite et scientifique d’un objet réel et concret : l’espace terrestre.
La géographie humaine est définie par Antoine Bailly[5] comme étant « laconnaissance de la pratique et de la connaissance que les hommes ont de la réalité matérielle de l’espace ». Dès lors, l’objet de la géographie n’est pas tant l’espace en lui-même que le rapport des hommes à l’espace. Le système de ces relations à l’espace doit être construit et, pour rendre visibles ces relations, il faut élaborer un outillage conceptuel et théorique. Si Antoine Bailly observe uneoscillation entre une géographie « science de l’espace » et une géographie « science de la société », nous verrons que Michel Lussault cherche à résoudre ce dilemme en raisonnant sur « la dimension spatiale de la société ».

1) La théorie de l’espace

La première partie de l’ouvrage s’articule autour de deux questions : « Que font les acteurs spatiaux à l’épreuve de l’espace...
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