Marianne et les colonies, gilles manceron

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  • Publié le : 29 mars 2011
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1) Quelle image les colonisateurs ont-ils des colonisés ?

Les partisans de l’expansion coloniale comprennent très vite que c’est grâce aux images, aux récits, etc… qu’ils parviendront à montrer la supériorité de la race blanche, sans avoir recours à des discours. La dérision est également une arme redoutable pour susciter l’adhésion de son auditoire. En effet, faire rire des sauvages vautmieux que toutes les démonstrations sur l’inégalité des races humaines. C’est ainsi que les expositions universelles connaissent un grand succès populaire, comme celle de Paris en 1889, où des « villages de nègres » ont été reconstitués sur le champ de Mars. On les retrouve également dans les spectacles, au cirque, dans la littérature enfantine (cf : romans de Jules Verne), dans la chansonpopulaire…
A partir de 1889 et jusqu’à la fin de la IIIe République, l’exhibition du sauvage va devenir une attraction obligée de toute foire et de toute exposition coloniale. Les « villages nègres » se multiplient dans toute la France et la grande Exposition coloniale de 1931 marque une certaine apothéose coloniale, en même temps que la fin d’une époque. Lors de cette Exposition, un groupe de Canaquesparfaitement francophone et scolarisé, sera présenté comme une troupe de cannibales.
La force de ces exhibitions est qu’elles n’assènent aucun discours, mais ont un fort impact dans la construction d’une image du « sauvage ». Elles amènent en effet le spectateur à observer par lui-même, et donc à croire qu’il se forge sa propre opinion.
De plus, la théorie de la hiérarchie des races, votéepar la Chambre en 1885, connaît une consécration grandissante. Cette idée est reprise par Ernest Renan, qui pose des groupes naturels, déterminés par la race, l’histoire et la volonté des populations de vouloir vivre ensemble. Donc il défend le libre choix des nationalités et s’oppose ainsi au droit de conquête. Pour autant, s’il refuse le racisme biologique énoncé par Gobineau, il considèrel’inégalité des races comme une évidence et après Tocqueville, et au même titre que Tocqueville, les colonisés sont pour les colonisateurs de la fin du XIXe : des « disposable people », autrement dit des peuples exclus de l’humanité, des être jetables.

2) La conquête militaire peut-elle justifier tous les moyens pour parvenir à ses fins ?

Si avant 1885, c’est l’exploration et la recherched’accords diplomatiques qui dominent (ce qui n’empêche en rien les guerres), à partir de 1885, la République passe à la conquête militaire tous azimuts. Le basculement en a été la conférence de Berlin, où désormais les traités antérieurement signés et ratifiés par la République avec les autorités souveraines locales, sont gommés des recueils de traités internationaux, et remplacés par la théorie chèreaux juristes de la terra nullius, considérant comme « sans droits » tous les territoires peuplés ou non, qui ne sont pas contrôlés par un Etat européen. Car avec la conférence de Berlin, seuls les accords avec les autres puissances coloniales comptent. De ce fait, les « civilisés » ont désormais un droit à conquérir et l’objectif de la République est donc de détruire tous les Etats existantss’opposant à la conquête. Si la colonisation française n’a pas toujours été une conquête militaire violente, elle ne s’embarrasse pas non plus de règles humanitaires que l’Europe commence à adopter (ex : création Croix-Rouge en 1864).
Dans la mesure où la conquête militaire était en contradiction avec les principes des DDH, elle ne peut être justifiée par aucun moyen. C’est la République, surtout laIIIe, qui a tenu un discours spécifique, faisant intervenir la colonisation pour justifier les DDH, c’est-à-dire en inventant un universalisme truqué, distinguant les hommes blancs civilisés des indigènes sauvages. Cette doctrine d’abord contesté par nombre de Républicains, a été érigée en « certitude officielle » lors de l’Exposition coloniale de 1931. Mais elle ne peut en aucun cas tenir...
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