Michel maffesoli

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Michel MAFFESOLI

Le temps des tribus
Le déclin de l’individualisme dans les sociétés postmodernes

Ed. La Table Ronde
1988, Paris
Troisième édition : 2000

« Oui, le tribalisme, en tous les domaines, sera la valeur dominante pour les décennies à venir. D’où la nécessité, pour reprendre une expression de Durkheim, d’en dégager les ‘’caractères essentiels’’. J’entends, au plus près de sonétymologie : ce qui risque de laisser une empreinte durable. » (p.IV (préface à la troisième édition)

« 3. La coutume
D’Aristote à Mauss en passant par Thomas d’Aquin, la liste est longue de ceux qui se sont interrogés sur l’importance de l’habitus (exis) ; il s’agit d’un terme qui est maintenant passé dans la doxa sociologique. C’est heureux car il s’agit là d’une thématique de premièreimportance. Cela renvoie au banal, à la vie de tous les jours, en un mot à la coutume, qui est selon G. Simmel ‘’une des formes des plus typiques de la vie sociale’’. Quand on sait l’importance que ce dernier attachait à la ‘’forme’’, quelle efficace il lui accordait, on peut imaginer qu’il ne s’agit pas d’un vain mot. Un peu plus loin il précise : ‘’La coutume détermine la vie sociale comme le feraitune puissance idéale.’’ On est renvoyé à une action endurante qui inscrit profondément dans les êtres et les choses, la manière dont ils se donnent à voir ; il s’agit presque d’un code génétique qui limite et délimite, beaucoup plus que ne peut le faire la situation économique ou politique, la manière d’être avec les autres. C’est en ce sens qu’après l’esthétique (le sentir en commun) etl’éthique (le liant collectif) la coutume est certainement une bonne manière de caractériser la vie quotidienne des groupes contemporains. […] La coutume, en ce sens, est le non-dit, le ‘’résidu’’ qui fonde l’être-ensemble. J’ai proposé d’appeler cela la centralité souterraine ou la ‘’puissance’’ sociale (versus pouvoir), on retrouve cette idée chez Goffman (La Vie souterraine) et plus loin chez Halbwachs(la Société silencieuse). Ce qu’entendent souligner ces expressions, c’est qu’une bonne partie de l’existence sociale échappe à l’ordre de la rationalité instrumentale, ne se laisse pas finaliser, et ne peut se réduire à une simple logique de la domination. La duplicité, la ruse, le vouloir-vivre, s’expriment au travers d’une multiplicité de rituels, de situations, de gestuels, d’expériences, quidélimitent un espace de liberté. A trop voir la vie aliénée, à trop vouloir une existence parfaite ou authentique, on en oublie que, d’une manière têtue, la quotidienneté se fonde sur une série de libertés interstitielles et relatives. Tout comme on l’a reconnu pour l’économie, on peut s’accorder sur le fait qu’il existe une socialité au noir, dont il est aisé de suivre à la trace les diverses etminuscules manifestations. » (p.45-46)

« On le voit, toutes choses qui rendent bien compte d’une sensibilité collective qui n’a pas grand-chose à voir avec la dominance économico-politiques qui a caractérisé la Modernité. Cette sensibilité ne s’inscrit plus dans une rationalité orientée, finalisée (la Zweckrationalität wébérienne), mais se vit au présent, s’inscrit dans un espace donné. Hic etnunc. Et ce faisant fait ‘’culture’’ au quotidien ; permet l’émergence de véritables valeurs, parfois étonnantes ou choquantes, mais expressives d’une dynamique indéniable (peut-être faut-il rapprocher cela de ce que M. Weber appelle la Wertrationalität).
C’est une telle compréhension de la coutume comme fait culturel qui peut permettre d’apprécier la vitalité des tribus métropolitaines. Ce sontelles qui sécrètent cette aura (la culture informelle) dans laquelle, volens nolens, chacun d’entre nous baigne. Nombreux sont les exemples que l’on pourrait donner en ce sens. Tous ont pour dénominateur commun de renvoyer à la proxémie. Ainsi, dans le sens le plus simple du terme, ces réseaux d’amitié, qui n’ont d’autres buts de se rassembler sans objet, sans projet spécifique, et qui de plus...
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