Montesquieu et voltaire

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  • Publié le : 26 novembre 2010
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Introduction

Développant l’esprit critique par l’exercice de la raison, les philosophes des Lumières remettent en cause les certitudes acquises, les dogmes, les préjugés. Ils combattent l’intolérance et soumettent au libre examen, entre autres, la morale chrétienne en matière de religion et le despotisme en matière de politique. La condamnation de l’esclavage fait partie des abus que lesphilosophes contestent. Cette condamnation s’appuie sur la conviction du droit de chaque individu au bonheur, et surtout sur l’idée de relativisme déjà exprimée par Montaigne, et reproposée par les voyageurs et certains missionnaires dès la fin du XVIIe siècle. Leurs écrits montrent que les mœurs et les coutumes ne sont pas égales partout dans le monde, mais n’est pas une raison pour les considérercomme inférieures et sans valeur.
Montesquieu et Voltaire dénoncent tous les deux la pratique de l’esclavage, mais leur manière d’argumenter est très différente. Le premier use d’un procédé logique et ironique ; le deuxième vise à toucher le lecteur en mettant en scène un esclave et en lui donnant la parole. Peut-on dire que l’une est plus efficace que l’autre ?

I. Voltaire plus efficace queMontesquieu.

Le texte de Voltaire est un extrait de Candide. Il s’agit d’un texte narratif (un « conte philosophique »). La stratégie argumentative employée par le philosophe exploite donc deux des ressources principales de la narration : la description et le dialogue.
Voltaire met en scène directement le personnage de l’esclave, dont il décrit d’abord l’aspect extérieur: l’habit, lesinfirmités. Il donne à voir sa pauvreté et son malheur : le Noir est « étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite », infirmités qui sont expliquées plus loin par l’esclave lui-même : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». L’aspect économique de l’esclavage est ainsi envisagé selon la perspective du Nègremutilé.
Ce tableau saisissant laisse la place à une conversation entre Candide et le Nègre. Aux questions de Candide, l’homme répond et explique la condition des esclaves de manière calme, sans tomber dans les tons plaintifs, ce qui lui confère dès les premiers mots une forte crédibilité et à la fois une grande dignité, voire une sereine supériorité, une sorte de sagesse née de la souffrance et de larésignation. Sa prise de parole suscite la pitié du lecteur, sans que le personnage ait besoin d’implorer explicitement la compassion.
Le discours rapporté de la mère du Nègre introduit une opposition particulièrement significative : celle entre la confiance naïve accordée par la femme aux « fétiches » blancs, et l’état réel où ces mêmes fétiches ont réduit son fils, entre l’illusion et laréalité. C’est à travers ce contraste moral que Voltaire dévoile l’hypocrisie des Blancs, les illusions dont ils bercent les Noirs pour les leurrer : « ils te feront vivre heureux ; tu as l’honneur d’être esclave de nos Seigneurs les Blancs ».
De même, la dénonciation de la prétendue supériorité de la religion chrétienne joue sur une opposition : le Nègre constate en effet l’abîme qui sépare les parolesdes prêcheurs pendant la messe du dimanche («nous sommes tous fils d’Adam ») et le comportement des chrétiens (« on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible »). Un abîme dont il ne peut que saisir l’incohérence.

Le texte de Montesquieu est extrait de l’Esprit des Lois, une oeuvre théorique, un traité. Les stratégies argumentatives de Montesquieu diffèrent donccomplètement de celles exploitées par Voltaire dans son conte. Montesquieu ne fait aucunement appel aux émotions du lecteur, mais emploie comme arme la logique. Son argumentation apparaît donc, de prime abord, moins efficace, car moins directe, moins émouvante: pas de description poignante des infirmités des esclaves, pas de prise de parole de l’une de ces victimes du système colonialiste, mais une...
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