Moriot

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  • Publié le : 11 juin 2010
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Un soir d'automne, vers les premières heures de la journée, une réception se termine. Voilà, enfin la maison peut respirer, elle recrache enfin les invités, cette foule, qu'on admire mais dans laquelle on ne peut se fondre, ressort finalement comme elle est entrée. Le grand tapis rouge de l’entrée laisse, au fond, entrevoir une petite porte qui déverse tout le surplus d’invités. Tu avales, tuingurgites cette malbouffe, ces liqueurs, jusques à l'explosion, où, tout est alors vomi d'un coup, en une fois. Et oui, tout s’est bien agité, toute la nuit durant, tous les aliments ont été secoués, imbibés, cassés, liquéfiés, mélangés. Alors, ce pavé, gris, brun, se retrouve souillé, sali si tu y cherches une belle latine, tu n’en verras pas une, mais un paquet de vieilles gauloises poilues, àl’odeur fétide des matins passés au café, à lire, à écrire ; l'un s'en va par là, il embarque d’ailleurs avec lui son reste de Cabernot dont, de l’étiquette, il ne reste que la colle mélangée avec les saletés que le sol lui a offert, comme si aujourd’hui c’était son anniversaire, d'autres attendent ce chauffeur qui devrait déjà être là. Ces gens sont vraiment impossibles, impotents, pour quoi sont-ilspayés si ce n’est pour ramener chez eux ces débauchés, ces mannequins sans âme, sans pensée personnelle ?

Dernier clope du matin, ça se recoiffe comme ça peut, un dernier baiser, une dernière embrassade au milieu des charognards, qui avant même le retrait des troupes commencent leur horrible besogne. C’est déjà fini, il t’abandonne, tu n’as plus qu’a rentrer, seule, chez toi. Retourne vomirdans les jupons de ta mère qui, depuis tes quatorze ans, n’est que ta pâle copie, du haut de son âge supérieur. L’élève a dépassé le maître. Imagine là le matin : jogging rose, café, chien lilliputien face à son Gulliver de maître lisant le Figaro devant son téléviseur allumé sur la matinale, le télé-achat, le J.T..

Les feuilles écrasées par tous ces pieds trop imprudents, la rue vidée de cesgens trop transparents, le soleil réchauffe doucement ses paupières, il est encore là, lui. Que fait-il ? Que n'est-il enivré de cette folle soirée ? Où est donc ce clinquant corbillard aux cent quarante-quatre chevaux, qui, comme pour les autres, devrait venir ? Il aimerait dorénavant, monter tout au sommet de la bâtisse qui est encore cachée dans son dos, s’y percher et dormir. Il a encore rêvécette nuit. Rêvé, non, c'était plutôt l'horreur humaine qu'il a vu hier soir. Tu les as vu tous ces pantins endimanchés, et ces filles, Dieu, ces filles, qui viennent comme des princesses et ressortent du piège telles des putains. J'aimerais, moi, leur dire d'arrêter ; qu'une soirée passée à déambuler sur les bords des larmes de Paris est bien plus agréable que de se retrouver dans ce Club desHaschichins sans aucun Poëte. Où est-elle la poésie ? La beauté du geste, sont-ils tous des chasseurs, et est-ce que seul le carnet de chasse conte ? Lui, il est pacifiste et n'aura jamais la faiblesse de volonté de tuer un animal.

Oh, mais oui, il est différent de tout ce tas sorti il y a déjà trop longtemps. Pourquoi porte-t-il des chaussures trouées ? Et ces cheveux, longs, sales, attachés detravers. Non mais, regardez, ces T-shirts, pas un qui ne soit à sa taille, pas un qui ne soit troué, pas un qui ne soit comme celui d’hier.
Tu sais, il n'est pas méchant, il ne se croit d'ailleurs pas si particulier, ça n’est qu’un doux rêveur qui cherche la création et la liberté. Il a beau passer un jour, une semaine, un mois, un an avec ces gens, jamais il ne les connaîtra. Mais tu ne le connaispas ? Tu ne sais pas où le trouver ? Il a bien un nom qui doit cependant rester secret. Ce sera pour nous le cavalier sans cœur.

Dimanche dernier, encore une déception amoureuse. On s’était fait pourtant beaucoup d’espoirs : ils n’arrêtaient pas de passer leurs temps libres ensembles. Elle était belle, il était beau. Tout le monde avait déjà parié sur le nom du premier enfant, d’ailleurs,...
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