Perle des eaux

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  • Publié le : 16 décembre 2010
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Perle des Eaux

I.Histoire
Tous les chats détestent l'eau. Aussi incroyable que cela puisse paraître, pas moi. Je suis tombée à l'eau quand j'étais une apprentie. Je devais avoir... sept, huit lunes ? Sûrement pas moins. Certainement pas plus. C’était une mare, une petite mare peu profonde, mais assez pour que le risque de noyade existe. Evidemment qu’il existait. Le risque zéro n’existe pas.C’est une des premières lois qu’il faut apprendre pour survivre. Je suis tombée dedans, plouf, comme ça, je n’ai même pas eu le temps de m’en apercevoir. C’est drôle, comme certaines choses se passent vite. Tellement vite qu’on voudrait pouvoir remonter le temps pour pouvoir les revivre ou les regarder à l’infini. Mais on ne peut pas. Alors il faut profiter de chaque instant de la vie, parcequ’on ne sait jamais quel moment on aura envie de revivre.
Toujours est-il que je suis tombée dans l’eau. La sensation que j’ai éprouvée à cet instant, je m’en rappellerai toute ma vie, par contre. Tous vos sens sont chamboulés, vous ne reconnaissez rien, vous ne savez pas où vous êtes, vous n’avez rien auquel vous raccrocher. Vous êtes prisonnier d’un univers glauque, sombre et froid. Si j’avais puprendre de l’air avant d’être engloutie, si j’avais su que la berge était aussi glissante, si j’avais compris qu’il ne fallait pas me débattre mais rester tranquille pour pouvoir remonter, si… Mais ce n’est pas avec des si qu’on avance. La vie n’est qu’un vaste champ de si. On en devient dépendant, au bout d’un moment, des si.
Et puis l’air vous vient à manquer. On arrête de se débattre, on selaisse emporter vers le fond, c’est presque un soulagement, en fait. On ne désire plus qu’une chose : en finir. C’est agréable, cette sensation de douceur et de flottement. On prend conscience qu’on va mourir. Définitivement. Parce que la mort prend beaucoup mais ne donne et ne rend que très peu. Au seuil de la mort, on se débat, on se reprend, mais c’est trop tard. Quand on prend conscience dequelque chose, c’est toujours trop tard. Dommage. Si on n’était pas aussi aveugles… Mais je ne vais pas recommencer avec mes si. Plus on se débat, moins on a envie de se débattre. C’est un cercle vicieux, la mort.
Et puis la dernière parcelle d’énergie que l’on possède nous quitte et on laisse une douce léthargie nous envahir. C’est un apaisement, tellement de calme après tout ces efforts… Aprèsl’effort, le réconfort, comme on dit. Sauf que là, c’est un réconfort glauque, macabre, funeste, qui donne envie de vomir. Envie de mourir. Ironie du sort : c’est précisément ce qui vous attend. Je me rappelle qu’à ce moment là, j’ai fermé les yeux, aussi fort que j’ai pu. Je n’ai pas vu ma vie défiler devant mes yeux, ni une autre connerie dans ce genre. Le temps ne s’est pas arrêté. Je ne me suispas rappelé tout ce que j’avais aimé sur cette Terre. Je n’ai pas pensé à ma mère, à mon mentor, à mes amis. Je me suis juste dit que cette fois, j’y étais. Je me suis simplement dit que j’allais mourir. Et curieusement, ça ne m’a fait ni chaud ni froid.
Je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour me sortir de là. Je ne le saurai probablement jamais. Je ne sais même pas si c’est moi qui m’ensuis sortie seule ou si quelqu’un ou quelque chose m’a aidée. Mon cerveau avait un tel besoin d’oxygène que je n’ai pas cherché à comprendre, à réfléchir. Pour être honnête, je n’en avais strictement rien à faire. J’ai juste respiré, inspiré, expiré, incroyable comme ça pouvait me faire mal, tellement mal, mais tellement de bien, c’est une douleur qui reste, ancrée dans votre âme, qui fait à jamaispartie de vous, il faut arriver à l’accepter et à vivre avec. C’est une douleur qui se garde, qui fait autant de bien que de mal, une douleur qui frappe et qui marque, comme des larmes de joie qui dévalent les joues et qui y laissent une empreinte, parfois indélébile mais toujours douloureuse. C’est ça le problème avec la douleur, voyez-vous. C’est que ça fait mal.
Et les yeux de mon...
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