Plaidoirie "la mort n'oublie personne"

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  • Publié le : 26 septembre 2010
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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés, j'ai le privilège de me présenter à vous afin de défendre mon client, Jean Ricouart, dans l'affaire de l'assassinat avec préméditation du nommé Maurice Quinoux.
Tout d'abord, je me permets de récapituler les faits qui unissent ces deux personnes. Il y a 38 ans de cela, Jean Ricouart est jugé et condamné par le Président Laulnay à 7 ans deprison pour complicité de meurtre. M. Quinoux, le procureur de la République est en partie responsable de cet emprisonnement, sachant qu'il était l'avocat de la victime.

En premier lieu, le crime de Jean Ricouart a été motivé par une aspiration à la vengeance. Il est clair que le chagrin a dicté ses actes inconsidérés. Son fils, ayant déjà connu une enfance difficile, s'est suicidé à 15 anspour la seule et unique raison que l'on avait traité le pauvre Lucien de « fils d'assassin ». Cette référence témoigne de la répercution du procès de Ricouart, autant sur la population que sur la dignité de l'enfant. Ainsi, on peut aisément concevoir que Lucien, après tant de critiques et de rejets, se sente désespéré, oui, tellement désespéré au point de se servir de sa mort comme un témoignagehorrible de la réalité des faits ! Car ses derniers mots, écrits dans de la boue, furent « Mon père n'est pas un assassin. » et tel un dernier cri de rancoeur, ils martelèrent à jamais la vie de la famille Ricouart. Pourquoi accabler de malheurs jusqu'au bout cette famille, alors qu'elle a déjà souffert à cause de M. Quinoux ? Ne pouvez-vous donc pas trouver au fond de vous-même, chers jurés, unsimulacre de compassion face à cette tragédie ? Il est incontestable que n'importe quel père digne de ce nom chercherait à châtier l'assassin indirect de son fils, mort si jeune. Lucien avait la vie devant lui, et il a été foudroyé par un jugement injuste dont il n'était même pas responsable. Bien qu'il aurait pu éviter cette alternative, Jean Ricouart, dans un sursaut d'équité devait, que dis-je,était tenu d'obtenir réparation d'une quelconque manière. Ainsi, les paroles de mon client qui été retenues contre lui est en fait une justification : « Lucien a payé d'avance.», a-t-il dit. A son sens, sa culpabilité n'est non pas dans ce crime, mais dans le fait que les actes de toute sa vie ont rattrapé Lucien dans sa mort.
En définitive, il avait déjà une bonne raison de commettre ce crime.En second lieu, le but de M. Ricouart dans cet assassinat fut de venger les vies brisées par le procès, de son fils, de sa femme et de lui-même, autrement dit par M. Quinoux. Nous ne pouvons affirmer qu'il a toujours mené une vie heureuse. Dès son entrée dans l'âge adulte, à 17 ans, il s'est adonné à la Résistance Française et a sacrifié sa vie calme et prévisible d'ouvrier. Nonobstant, à sonarrivée, il est convoqué par la cour de justice pour finalement être incarcéré cinq ans de plus. J'insiste sur le fait que mon client a perdu ainsi sept ans de sa vie, et cela ne s'arrête pas là. Il voulait punir M. Quinoux d'une part pour avoir aussi anéanti la vie de son fils. En d'autres thermes, la détention a privé Lucien jusqu'à ses trois ans d'un père car Jean souhaitait se présenter à luien homme libre et fier. Quelle n'a été sa gêne lorsqu'il l'a enfin rencontré et que Lucien l'a appelé « Tonton Jean »! Et bien sûr, je n'ai pas besoin de vous dire que son existence s'est terminée beaucoup trop tôt. D'autre part, il a tué le vieil avocat pour venger sa femme. Il est inutile de vous rappeler qu'une femme de prisonnier subit toute la médisance des autres. Ainsi, il faut convenir queMarie a enduré d'injustes moqueries qui ne lui ont pas facilité sa vie, qui déjà se déroulait difficilement. En effet, elle n'avait pas eu de mari qui l'aiderait pendant les quatre année de son emprisonnement. Seule, Marie a enfanté d'un garçon. Seule, elle était tenue de l'éduquer. Seule, elle a dû se démener pour payer la nourriture, les factures... Mais saluons tout de même le courage et la...
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