Qu'est ce qu'un essai

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  • Publié le : 24 mars 2010
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Marie Benoit, Petit précis de méthodologie appliquée à la philosophie, partie II, Starno éditeur, Ste-Julie (Qc), 2002, pp.86-90 (extrait) 5.2 Ce qu’est l’essai L’essai constitue probablement le genre littéraire le moins connu du grand public, tant et si bien que, devant la nécessité de le définir, on est souvent porté à en donner une définition négative : un essai n’est ni un roman, ni un poème,ni une pièce de théâtre. Mais une telle définition, si juste soit-elle, ne satisfait pas celui qui cherche à préciser ce qu’est, à proprement parler, l’essai, surtout s’il est appelé à en rédiger un. Il faut don, ici, être plus précis. Le terme d’«essai», au sens de genre littéraire, apparaît au XVIe siècle pour désigner les premières productions littéraires d’une personne, ses premièrestentatives. Le terme s’est ensuite figé pour désigner « un ouvrage littéraire en prose, qui traite d’un sujet sans viser à l’exhaustivité »1. La matière de l’essai n’est pas une fiction inventée par l’auteur – comme c’est le cas pour d’autres genres littéraires -, mais prend racine dans la réalité. Tenter de réfléchir sur un problème, chercher à élucider une question obscure, voilà bien ce qui caractérisele projet de l’essayiste. L’essai n’a pas de sujets de prédilection : on peut y traiter de choses graves et élevées ou de réalités banales et de sujets légers2. L’essai fait partie de ce qu’on appelle la « prose d’idées », et la recherche de la vérité constitue l’essentiel de la tâche de son auteur. L’essayiste se propose d’aborder de façon personnelle un sujet d’intérêt général et d’y réfléchir.L’auteur d’un essai adopte une attitude plus proche de l’interrogation et de la spéculation que de la certitude : il choisit la position plutôt insécurisante et inconfortable de celui qui pense plutôt que la position rassurante de celui qui sait. L’écriture de l’essayiste n’est pas définitive parce que sa mission n’est pas tant d’apporter une solution que de circonscrire un problème et de sepencher sur lui. Si, d’aventure, son travail l’amène vers un cul-de-sac, cela ne représente en rien un échec : en effet, même si son effort n’a pas abouti, sa réflexion a quand même fait avancer la compréhension du problème. L’essai est sensé ouvrir le chemin à d’autres réflexions plutôt que de le fermer grâce à une réponse. La fin d’un essai ne signe jamais la fin de la réflexion sur la questionsoulevée par l’auteur. Il ne s’agit ni d’épuiser un sujet, ni de clore un dossier, ni même de faire le point sur l’information dont on dispose sur un sujet. À la fin d’un essai, tout reste ouvert et, si l’essayiste cherche à faire valoir la « vérité » de son point de vue, cette vérité n’est que ponctuellement sienne, et rien ne l’empêche de changer d’avis et d’écrire un autre essai sur le même thème,à la limite, contradictoire avec le précédent. L’essai est une forme d’écriture marquée par un caractère provisoire. L’essai est le genre littéraire par excellence d’une pensée qui se fait et qui,, à tout moment, peut se réviser, voire se transformer; il rejoint l’essence même de la pensée : mouvement progressif et ininterrompu qui se cherche sans parvenir à s’arrête définitivement. L’essai ne videpas une question, il l’approfondit; or, la capacité humaine d’approfondissement d’un sujet est illimitée... La conclusion d’un essai ne se présente pas comme étant universelle en ce qu’il s’agit d’un type d’écriture éminemment subjectif. La relation de dépendance du texte à son auteur, sa situation dans l’espace et le temps, son ancrage dans une subjectivité impriment à l’essai son caractèreprovisoire et non exhaustif. Toutefois, une précision importante s’impose ici : le
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Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, p. 729. Le sujet d’un essai peut tout aussi bien être la douleur et la mort que la bêtise et le bavardage mondain, pour ne prendre que ces exemples.
Marie Benoit (c) 2002 Texte retapé par Karine Damarsing, février 2009

PETIT PRÉCIS DE LA...
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