Religion et relations internationales

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  • Publié le : 9 mai 2010
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FICHE DE LECTURE
LE RELIGIEUX SUR LA SCENE INTERNATIONALE AUJOURD’HUI

« Proclamez le djihad ! Les intérêts américains et croisés sont partout et leurs agents se déplacent partout. Attaquez-les et éliminez autant d'ennemis que vous pouvez », lançait Saïd al-Chehri, le numéro 2 d’Al Qaida dans la Péninsule Arabique, à ses partisans le 8 février 2010 . L’impression depuis les attentats du11-Septembre que le monde est plongé dans une guerre mondiale entre l’Islam et l’Occident chrétien a contribué à réévaluer le rôle du facteur religieux dans les relations internationales. Cela semble infirmer les théories du « désenchantement du monde », selon l’expression de Max Weber reprise par Marcel Gauchet.
Emile Durkheim définit la religion comme « un système solidaire de croyances et depratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites » . Religions monothéistes, polythéistes, réformées, sectes, il est pertinent pour l’étude du rôle de la religion dans les relations internationales d’en considérer l’acception au sens large, exprimée par Danièle Hervieu-Léger comme une « modalité particulière du croire qui a en propre d’en appeler à l’autorité légitimatriced’une tradition » .
Les trois textes au cœur de notre étude tentent d’analyser le fait religieux dans le monde aujourd’hui, pour en voir les conséquences sur la scène internationale. Dans Le désenchantement du monde, Marcel Gauchet affirme que le monde est aujourd’hui libéré du rôle social et politique structurant qu’avait autrefois la religion. A l’inverse, Peter Berger affirme dans Le réenchantementdu monde qu’un réveil du religieux est à l’œuvre dans le monde, ce qui a un impact considérable dans les relations internationales. Walter Russell Mead confirme cette théorie en démontrant que l’influence politique grandissante des mouvements évangéliques oriente la politique étrangère des Etats-Unis.
Etudier l’impact du facteur religieux dans les relations internationales implique d’examinerson influence sur le comportement des acteurs des relations internationales, que l’on définira comme « toute entité dont les actions affectent la distribution des ressources et la définition des valeurs à l’échelle planétaire » .

Quelles sont les incidences de l’évolution des rapports entre religion, politique et société sur la scène internationale ?
Dans quelle mesure le facteur religieuxdoit-il être pris en compte dans l’analyse des relations internationales ?
Faut-il conclure à une perte d’influence de la religion, à un retour ou à un renouveau de celle-ci dans les relations internationales ?

• Religion et politique, entre sécularisation et interdépendance : des rapports complexes

Marcel Gauchet publie Le désenchantement du monde en 1985, alors que de nombreux conflitsidentitaires à connotation religieuse sont encore largement contenus par la logique bipolaire. Il explique que le christianisme, « religion de sortie de la religion » , a entrainé la sécularisation de nos sociétés. Il affirme la fin du rôle social et politique de la religion mais souligne que la croyance individuelle n’est nullement appelée à disparaitre, elle est simplement reléguée dans la sphèreprivée : « si nous sommes sortis du religieux, dans tous les sens du terme, il ne nous a pas quittés, et peut-être […] n’en aurons-nous jamais fini avec lui » (p.115).
La thèse de Marcel Gauchet est contredite par celle de Peter Berger, qui affirme dans Le réenchantement du monde que la fin du XXème siècle voit la résurgence de la religion dans l’espace public et dans les relationsinternationales. Le simple titre de l’ouvrage laisse entendre l’antagonisme des deux thèses. Pour Peter Berger, notre époque est tout aussi « furieusement religieuse » (p. 5) que la précédente, puisque la modernisation et le prétendu déclin politique de la religion ont engendré des mouvements de « contre-sécularisation » (p. 15) au moins aussi puissants. La « poussée évangéliste » (p.23) et le « renouveau...
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