Rousseau

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1070 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 18 janvier 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtesperdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. Mais il y a grande apparence, qu'alors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir plus durer comme elles étaient; car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n'ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain. Il fallut faire biendes progrès, acquérir bien de l'industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d'âge en âge, avant que d'arriver à ce dernier terme de l'état de nature.

Rousseau, L'origine de l'inégalité parmi les hommes (2ème Discours seconde partie)

______________________________

Le mouvement: ce texte comprend deux parties. Une première partie où Rousseau intervient pour le bien del'humanité en dénonçant l'imposture d'un inventeur. Une deuxième partie dans laquelle Rousseau utilise sa raison et change de ton.
1- une scène et une contre scène
2- Rousseau revient en amont de l'invention sur ce qui l'a, pour ainsi dire, préparée. Des idées successives marquant la maturation progressive des esprits.

Ce que l'on voit: le résultat d'une action: un terrain sur lequel chacun pouvaitvenir se trouve enclos. C'est une manière d'en interdire l'accès.
Ce que l'on entend: une formule lapidaire dite comme si c'était naturel: ceci est à moi. L'inventeur rattache une existence matérielle à son moi. Il transpose à un objet ce qui n'est valable que pour son propre corps. Il affirme simplement comme si c'était aussi évident que de dire en montrant sa tête: ceci est à moi. Il n'yaurait pas besoin d'argumentation: la violence de l'action justifie le discours: il agit et puis il parle comme si le discours était magique, suffisait à transformer la simple possession en propriété que tous devrait reconnaître, comme si le fait pouvait donner le droit.

Trouva: signifie rencontrer, avoir la chance de tomber sur des gens qui sont au stade de l'opinion, qui croient ce qu'ils voientet ce qu'ils entendent: ils sont simples, ils ne réfléchissent pas, ont peu de finesse et se laissent facilement tromper.
Le vrai fondateur. La société civile est issue d'une invention et jaillit comme une invention (le premier). En effet, de la propriété va découler le travail, la production et les échanges. Comme une invention est par définition nouvelle, il est impossible de prévoir si elleaura des conséquences désastreuses et donc de s'opposer à elle. L'invention de la théorie atomique a été accueilli avec enthousiasme .. et on avait même produit une "eau radioactive" que l'on faisait boire.

Une contre scène va maintenant être opposée à la première scène. S'il y en a un qui sait, les conséquences de la propriété génératrice d'inégalités et de nombreux malheurs, c'est bien Rousseau:il n'a qu'à regarder autour de lui et voir de parfaits imbéciles faire bâtonner des gens intelligents.
Étant à l'autre bout de l'histoire, Rousseau prend la parole pour dénoncer l'imposture de l'inventeur (ceci n'est pas à lui) et il s'imagine en train de défaire ce que le premier avait fait: c'est d'autant plus facile à défaire que l'inventeur a mis des signes, le pieux et le fossé, qu'il estfacile de faire disparaître. Rousseau, tel un bon orateur, accumule les conséquences de la propriété et de l'appropriation d'une propriété, ce qui est une manière de répondre à la violence et à l'imposture par la violence, le vol et le meurtre de celui que l'on vole, ce qui l'empêche définitivement de reprendre son bien.

Crimes, guerres, meurtres, misères, horreurs, vous n'aurez pas de peine à...
tracking img