Russie des 1905

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  • Publié le : 16 mai 2009
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Drame en cinq actes

En février 1905, à Moscou, dans la Russie tsariste, un groupe terroriste, formé de cinq militants du parti socialiste révolutionnaire, prépare un coup d'éclat : un attentat à la bombe contre la calèche du despotique grand-duc Serge, oncle du tsar Nicolas II. Préparation, jubilation, justification théorique («La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme estasservi sur la terre » [ I, 1] - «Mourir pour l'idée, c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée. C'est la justification.» [ I, 1]) Tout baigne dans la nitroglycérine jusqu'au moment où Kaliayev constate l'imprévu : la calèche du grand-duc transporte également des enfants, le neveu et la nièce du prince. L'attentat n'a donc pas lieu (acte II). Ce qui pose un dilemme de taille : faut-il quandmême poursuivre la mission, prendre la vie de ces deux jeunes innocents? jusqu'où faut-il s'enfoncer dans le mal pour faire triompher le bien et abolir le despotisme? La tension monte entre les terroristes : Stepan qui place son idéal abstrait de justice absolue au-dessus de tout et de la vie même, qui pense qu'il n'y a pas de limites à l'action révolutionnaire, est en fait mené par la haine brutalede l'action et des blessures du passé. Kaliayev, le poète, venu à la révolution par amour de la vie, de la beauté, du bonheur, refuse d'«ajouter à l'injustice vivante pour une justice morte». Dora aime toujours avec autant de force Kaliayev. Alexis, vulnérable, est rongé par le doute et la peur alors que Boris doit prendre les décisions adéquates. Deux jours plus tard, le plan fonctionne (acteIII), et le jeune homme est emprisonné, se retrouve devant la justice et est condamné à la pendaison. Le chef de la police, par politique, et la grande-duchesse, par esprit religieux, essaient de le convaincre de demander sa grâce. Mais Kaliayev, qui leur oppose l'athéisme et l'honneur, pense que seule sa propre mort peut lui permettre de garder son innocence : «Si je ne mourais pas, c'est alors queje serais un meurtrier» ; il est de ces «coeurs extrêmes pour lesquels une vie est payée par une autre vie» (acte IV). Bien que le chef de la police ait fait en sorte que l'on croie à la trahison de Kaliayev, ses compagnons le savent fidèle ; sa mort, dont les circonstances précises sont rapportées, est sa justilication. Dora l'a bien compris ; il n'est plus un meurtrier : «Il a suffi d’un bruitterrible, et le voilà retourné aux joies de l'enfance.» Dora, en accomplissant bientôt le même acte que lui, le rejoint dans la mort (acte V).

Commentaire

Dans cette pièce, de structure très classique, l'austérité du sujet et du langage, la tension, sont tempérées par l’humanité de leurs personnages, par l’amour de Kaliayev et de Dora. S’y impose un climat d'attente où, toutefois, lagénérosité de l'engagement l'emporte sur l'horreur du crime.
La pièce, remarquablement documentée, s'inspirait beaucoup d'un fait historique et de personnages authentiques. Les événements que connaît le monde au début du XXIe siècle permettent de constater l’actualité et la pertinence de la pièce et viennent teinter la réflexion de Camus.
Ses héros, selon les termes de Camus dans le «prière d'insérer»,«n'ont pas guéri de leur cœur» ; révoltés par le despotisme, ils font le sacrifice de leur bonheur et de leur vie, dans l'honneur et la douleur d'être des «justes». Mais ces terroristes, qui revendiquent la force du sacrifice et de l'honneur, font preuve d'éthique et, dans ce dilemme, se posent un cas de conscience morale. La grandeur de Kaliayev tient notamment au fait qu’au moment d’exécuterl’attentat, il s’interdit de lancer la bombe parce qu’il risque de tuer le neveu et la nièce du prince. Camus a toujours été obsédé par la souffrance et la mort des enfants innocents. Dans ‘’La peste’’, Rieux disait à Paneloux : « Je refuserai jusqu’à la mort d’aimer cette création où des enfants sont torturés. » Dans le domaine moral, le meurtre d’un enfant est pour lui un crime inexpiable....
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