Salle de consommation : faire la guerre à la drogue, ce n'est pas faire la guerre aux drogués !

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16 août 2010

Salle de consommation : Faire la guerre à la drogue, ce n'est pas faire la guerre aux drogués !
Par Bernard BERTRAND*, Expert sur la question des SCMR. Membre du collectif associatif du 19 mai

Ces dernières semaines, on a vu beaucoup de réactions sur le sujet des salles de « shoot » (1). Ces réactions souvent fantasmagoriques, bien tranchées et assez simplistes, nous parlentde morale, de philosophie, d'intérêt général, d'inutilité et surtout expliquent ce qu’il convient de faire ou pas faire pour les toxicomanes ! Dire que les Salles de Consommation à Moindre Risque – SCMR - entretiennent la consommation de drogues car c’est bien de cela qu’il s’agit dans tous ces propos, c’est remettre en cause la politique de réduction des risques menée par la France depuis lesannées 90 alors que les résultats plus que positif ne sont plus à démontrer. Les SCMR font partie intégrante de cette politique, pragmatique qui vise à minimiser les dommages sanitaires et sociaux, alors même que les personnes sont encore dans une phase de consommation. En France et ailleurs dans le monde, il existe d’autres offres qui s’inscrivent dans ce cadre : on peut mentionner la possibilité demanger gratuitement, de se laver, de dormir pour une somme modique, etc. Ces mesures s’adressent à toute personne toxico-dépendante ou non - qui se trouve dans une situation de grande précarité. Ces offres font partie des mesures traditionnelles que propose un pays pour venir en aide aux plus démunis et ne sont pas contestées. La question des SCMR est plus délicate, car elle s’adressespécifiquement à des consommateurs de drogues et, c’est là que le bât blesse, car soutenir l’ouverture de SCMR demande l’acceptation, dans notre société de l’existence de personnes qui consomment des drogues. Cela demande également d’accepter, dans l’immédiat, notre impuissance à « aider » et à « guérir », ainsi que notre colère devant cette souffrance visible. Une politique basé uniquement sur le sevrage et/oula répression ne peut, à elle seule (politique menée jusque début des années 1990 et qui a échouée), répondre à cette problématique. Alors que faire ? Nous, professionnels, acteurs quotidien de terrain, soutenons qu’il faut être avant tout réaliste pour préserver la santé des consommateurs de drogues et leurs liens avec les

dispositifs socio-sanitaires. Cette approche, qui repose sur lepostulat que l’on ne peut contraindre une personne à entreprendre une sortie de dépendance, implique qu’il faut accepter les toxicomanes et les aider lorsqu’ils le demandent. Dès lors, pourquoi leur refuser des conditions décentes de consommation ? Notre position individuelle ou collective sur la question des dépendances ne doit pas être liée à notre position vis-à-vis des personnes toxico-dépendantes.La question n’est pas tant d’être « pour ou contre les drogues » - sur cette question nous sommes tous d’accord - mais plutôt de nous interroger sur notre capacité à tolérer des toxicomanes dans notre société. Cette position est certes plus délicate et mérite d’être débattue, mais elle permet d’être contre la consommation de drogues sans pour autant être contre les toxicomanes. Il faut s’y faire,même si l’on souhaite l’abstinence et la réinsertion pour tous les consommateurs de drogues, ceci ne se fait pas en un « claquement de doigts » et cette démarche prend du temps. Pendant ce temps, autant que les pratiques de consommation soient le moins dommageables possible. Alors OUI aux salles de consommation à moindre risque, à comprendre comme une mesure intelligence, pragmatique, un outilsupplémentaire à apporter dans le dispositif français pour les toxico-dépendants qui vise à permettre aux plus vulnérables d’accéder à des structures d’aide, d’accompagnement et de soins.

Salle de consommation : De quoi s'agit-il ?
Encadrées par des professionnels du secteur socio-sanitaires, les SCMR permettent aux usagers de drogues de consommer dans des conditions d'hygiène acceptables,...
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