Souvenirs

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  • Publié le : 21 juillet 2010
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Souvenirs pour les jeunes. Jacques de Grenier

Introduction

Je n’ai jamais su me souvenir de la date ou même de la période de la plupart des évènements de mon existence.
Il me suffit, par exemple, de me rappeler simplement qu’à quatorze ou quinze ans j’espérais déjà quitter mes études pour aller travailler.  Est-il important de préciser que c’était en septembre 1950 ou 1951 ?Je me souviens par contre très bien de la date à laquelle débuta mon premier emploi : le 17 décembre 1953 ; j’avais 17 ans plus quelques semaines et j’entrais au Crédit Lyonnais.
Cette date là était bien trop importante pour que je l’oublie, elle marquait l’un des grands tournants de ma vie; il en est ainsi pour certaines autres.

Les souvenirs que j’évoquerai ici se présenterontpêlemêles, au fur et à mesure qu’ils s’éveilleront en mon esprit.
D’ailleurs, à ce sujet, je suis souvent surpris de constater que le souvenir d’un fait, profondément enfoui au plus profond de ma mémoire, apparait.
Comment cela a-t’il pu se produire que ce fait ce soit ainsi effacé pendant si longtemps ; comment expliquer qu’il surgisse brusquement du passé ?
Comment concevoir que puissentencore exister en ma mémoire des souvenirs oubliés? Un souvenir est un souvenir, il est mentalement tangible, il existe ; si l’on ne s’en souvient pas, qu’est-il ?
Une zone de mon cerveau doit être pleine de ces souvenirs fantômes qui n’ont pas encore trouvé leur consistance ; comment, quand, pourquoi émergeront-ils un jour et, d’ailleurs, émergeront-ils un jour ?
Est-ce l’une descaractéristiques de la vieillesse que d’aller chercher en soi, de plus en plus profondément, les empreintes inscrites par la jeunesse ?

Quand certains de mes souvenirs surgiront, car je vais fouiller, triturer ma mémoire, tenter d’ouvrir, de forcer, tous ces tiroirs restés secrets tels des coffre forts dont on aurait perdu les clefs ; je les inscrirai ici dans l’ordre où ils me parviendront et nonpas dans l’ordre dans lequel ils se seront passés.
La chronologie des actes de ma vie n’a aucune espèce d’importance ; ce qui me parait compter, c’est le témoignage de ce qu’ils ont été et de ce qu’ils ont produit.

Beaucoup de chapitres de ce récit commenceront volontairement par : « je me souviens », un peu comme beaucoup de contes débutent par : « il était une fois ».
Chacun deces chapitres sera en effet une histoire au sens qu’il relatera des faits réels, mais en même temps un conte, du fait que l’histoire en question reposera parfois sur des souvenirs diffus, imprécis, desquels il me sera difficile d’extirper la totale et parfaite vérité ; certains d’entre eux sont tellement anciens.
Ainsi, seront-ils parfois auréolés d’un brin de fantaisie, mais jamais demensonges.

Pendant la guerre

Je me souviens que pendant la guerre de 39 /45, dans les bras de mon père, à la fenêtre de notre pauvre appartement, nous regardions les éclats de la DCA allemande qui illuminait le ciel, comme un feu d’artifice, afin d’abattre les bombardiers anglais qui tentaient de détruire les installations ferroviaires du quartier de la gare que nous habitions.Pourquoi étions-nous à la fenêtre de cet appartement de deux pièces au premier étage d’un vieil immeuble, au fond d’une miteuse cour, alors que nous aurions du nous trouver dans les abris, aux sous-sols d’un entrepôt voisin, comme la plupart des autres locataires appelés par l’alerte lancée par les sirènes ?
Parce que mes parents, et ma mère en particulier, en avaient assez, chaque nuit, dem’envelopper d’une couverture, de courir dans une meute de gens effrayés vers ces abris et d’attendre des heures dans ces sous sols, blottis les uns contre les autres, que les sirènes annoncent la fin de l’alerte.
Elle disait : « si nous devons mourir, nous mourrons tous les trois ensemble, ici, chez nous ».
Bien sur, ce qu’elle disait m’a été rapporté mais les avions, la DCA, l’alerte,...
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