Staline

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  • Publié le : 29 décembre 2011
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Le Grand Tournant (1929-1934) et ses conséquences[modifier]
Le but de Staline n’est pas seulement de construire une société sans classes, objectif du communisme. Il s’agit aussi de ravitailler au plus vite les villes, foyers du pouvoir bolchevik, alors que la « crise des collectes » (1927-1929) a obligé à restaurer le rationnement urbain et démontré la fragilité du pouvoir. Au-delà, il s’agitd’industrialiser le plus rapidement possible l’URSS en prélevant les ressources nécessaires sur les campagnes, pour moderniser le pays et le rendre capable d’affronter les pays capitalistes en cas de guerre.
La « collectivisation » des terres[modifier]
Aussi Staline décrète-t-il en 1929 la « collectivisation » des campagnes (dans les faits, une nationalisation) et la « liquidation des koulaks entant que classe ». La propriété privée est abolie, les terres et les moyens de production des paysans sont regroupés dans les kolkhozes ou dans des sovkhozes.
La résistance est considérable : plutôt que d’abandonner leurs biens à l’État, les koulaks incendient les récoltes et abattent leurs troupeaux (1930-1932). Certaines régions sont en proie à de vrais soulèvements armés et l’autorité duParti-État y est sérieusement ébranlée pendant quelque temps, certains militants et responsables locaux prenant même parfois parti pour leurs concitoyens.
Les résistances sont brisées par la violence. Rien qu’en 1929, 1 300 révoltes paysannes sont écrasées. En mars 1930, Staline consent un recul : son article « Le Vertige du succès », paru dans la Pravda, autorise les sorties de kolkhozes. Ceux-ci sevident aussitôt. Mais à peine la récolte de l’année assurée, des bataillons de volontaires recrutés dans les villes repartent violemment à l’assaut des campagnes. L’imprécision dangereuse de la notion de « koulak » autorise tous les arbitraires : est considéré comme koulak tout adversaire réel ou supposé de la collectivisation.
En peu d’années, 400 000 familles de koulaks sont déportés à la hâte enSibérie dans des conditions épouvantables, et abandonnées à leur sort. La totale improvisation de l’opération se conclut par une forte mortalité parmi les « dékoulakisés » déportés. On assiste même à quelques scènes de cannibalisme5. D’autres s’enfuient de leurs lieux d’exil et se retrouvent à errer à travers le pays dans des conditions misérables ; la plupart seront systématiquement arrêtés etliquidés au cours des Grandes Purges6.
En 1932, Staline refuse d’écouter les nombreux avertissements, dont ceux de l’écrivain Mikhaïl Cholokhov, qui prédisent que la poursuite des collectes forcées de semences et de céréales mènera à la famine7. De fait, la terrible famine de 1932-1933 ravage les plus riches terres à blé du pays, en particulier l'Ukraine (Holodomor). L’existence de la tragédie estniée à l’étranger, les exportations de blé continuent comme si de rien n’était. De nombreux affamés qui refluent vers les villes sont refoulés par le Guépéou et renvoyés à la campagne. On dénombrera au moins 4 à 5 millions de morts.
Des bandes d’orphelins errants (les bespryzorniki) vont sillonner pendant des années les routes de l’URSS. En quelques années, également, 25 millions de paysans fuientles campagnes où sévissent la violence et la faim, et se réfugient dans des villes condamnées de ce fait à une explosion démographique anarchique.
Constituant la dernière guerre paysanne8 et la dernière grave famine qu’ait connue l’Europe, la collectivisation intégrale est achevée en 1934, mais les dégâts sont énormes et les paysans enrôlés dans les sovkhozes et les kolkhozes continuent àopposer une résistance passive, sous la forme d'une sous-productivité systématique. En 1935, pour parer à cette résistance, Staline accorde à chaque paysan un lopin de terre (prioussadebnyï outchastok) qu’il peut utiliser librement et dont il peut vendre les produits sur un marché kolkhozien libre. En 1939, ces lopins qui ne représentent que 3 % des terres produisent 25 % des récoltes, plus de la...
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