Sujet bac: le roman et ses personnages

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Corpus

- Marivaux, La Vie de Marianne, II
e
partie (1731-1742).
- François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, chapitre II ; © Grasset (1927).
- Roger Martin du Gard, Les Thibault. L’Été 14, chapitre XV, © Gallimard (1936).

Texte A
Marianne est une jeune orpheline qui travaille à Paris comme lingère. Victime d’un
accident alors qu’elle sort d’une église, elle fait la rencontre deValville, un jeune homme
dont elle tombe amoureuse. C’est elle qui raconte ici sa propre histoire…
J'étais si rêveuse, que je n'entendis pas le bruit d'un carrosse qui venait derrière moi, et
qui allait me renverser, et dont le cocher s'enrouait à me crier : Gare !
Son dernier cri me tira de ma rêverie ; mais le danger où je me vis m'étourdit si fort
que je tombai en voulant fuir, et meblessai le pied en tombant.
Les chevaux n'avaient plus qu'un pas à faire pour marcher sur moi : cela alarma tout le
monde, on se mit à crier ; mais celui qui cria le plus fut le maître de cet équipage, qui en sortit
aussitôt, et qui vint à moi : j'étais encore à terre, d'où malgré mes efforts je n'avais pu me
relever.
On me releva pourtant, ou plutôt on m'enleva, car on vit bien qu'ilm'était impossible
de me soutenir. Mais jugez de mon étonnement, quand, parmi ceux qui s'empressaient à me
secourir, je reconnus le jeune homme que j'avais laissé à l'église
1
C'était à lui à qui .
appartenait le carrosse, sa maison n'était qu'à deux pas plus loin, et ce fut où il voulut qu'on
me transportât.
Je ne vous dis point avec quel air d'inquiétude il s'y prit, ni combien il paruttouché de
mon accident. À travers le chagrin qu'il en marqua, je démêlai pourtant que le sort ne l'avait
pas tant désobligé en m'arrêtant
2
Prenez bien garde à mademoiselle, disait-il à ceux qui me .
tenaient ; portez-la doucement, ne vous pressez point ; car dans ce moment ce ne fut point à
moi à qui il parla. Il me sembla qu'il s'en abstenait à cause de mon état et des circonstances, etqu'il ne se permettait d'être tendre que dans ses soins.
De mon côte, je parlai aux autres, et ne lui dis rien non plus ; je n'osais même le
regarder, ce qui faisait que j'en mourais d'envie : aussi le regardais-je, toujours en n'osant, et je
ne sais ce que mes yeux lui dirent ; mais les siens me firent une réponse si tendre qu'il fallait
que les miens l'eussent méritée. Cela me fitrougir, et me remua le coeur à un point qu'à peine
m'aperçus-je de ce que je devenais.
Je n'ai de ma vie été si agitée. Je ne saurais vous définir ce que je sentais.
C'était un mélange de trouble, de plaisir et de peur ; oui, de peur, car une fille qui en
est là-dessus à son apprentissage ne sait point où tout cela la mène : ce sont des mouvements
inconnus qui l'enveloppent, qui disposentd'elle, qu'elle ne possède point, qui la possèdent ; et
la nouveauté de cet état l'alarme. Il est vrai qu'elle y trouve du plaisir, mais c'est un plaisir fait
comme un danger, sa pudeur même en est effrayée ; il y a là quelque chose qui la menace, qui
l'étourdit, et qui prend déjà sur elle.
On se demanderait volontiers dans ces instants-là : que vais-je devenir ? Car, en vérité,
l'amourne nous trompe point : dès qu'il se montre, il nous dit ce qu'il est, et de quoi il sera
question ; l'âme, avec lui, sent la présence d'un maître qui la flatte, mais avec une autorité
déclarée qui ne la consulte pas, et qui lui laisse hardiment les soupçons de son esclavage futur. Direction générale de l’enseignement scolaire. Bureau des programmes d’enseignement.
Annales « épreuve écriteanticipée de français ». Page 11
Voilà ce qui m'a semblé de l'état où j'étais, et je pense aussi que c'est l'histoire de
toutes les jeunes personnes de mon âge en pareil cas.
1. Les deux jeunes gens se sont vus pour la première fois dans l’église, quelques instants auparavant.
2. C’est-à-dire : Je compris pourtant qu’en provoquant notre rencontre le sort ne lui avait pas paru si...
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