Tout homme a-t-il droit au respect ?

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  • Publié le : 30 mai 2011
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Nous reconnaissons que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit et en dignité », comme le proclame la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. A ce titre chacun a droit au respect dû à la personne humaine. Mais, d’un autre côté, comment respecter l’auteur d’un crime sordide, le maniaque sexuel multirécidiviste, ou encore le tyran sanguinaire boucher de son peuple ?Méritent-ils autre chose que notre horreur et notre mépris ?
On voit donc que la question : tout homme a-t-il droit au respect ? n’est pas simple. Elle exige qu’on examine ce qui, dans un homme, est digne de respect. Deux conceptions sont ici à examiner : ou bien le respect est dû à la personne humaine, abstraitement et universellement, ou bien le respect doit être proportionné au mérite de chaqueindividu. C’est une question importante parce que, de la réponse dépendent des conséquences politiques, juridiques et morales très concrètes : peut-on considérer les gens comme un troupeau ? Un criminel a-t-il encore des droits ? Comment doit-on se comporter envers un ennemi ? Entre autres.

Le respect est d’abord un devoir moral. Il consiste, selon Kant, à reconnaître dans l’homme une personne,c’est-à-dire à le traiter comme « un être entièrement différent, par le rang et la dignité, des choses ». Une personne est un être qui possède sa fin en lui-même, puisque, étant conscient et libre, il peut déterminer lui-même sa conduite et n’est pas simplement déterminé par les lois de la nature comme un chose. Cette autonomie lui confère une valeur « infiniment au-dessus » de celle de la chose, quin’a qu’une valeur de moyen pour une personne et « dont on peut disposer à sa guise » : valeur d’usage ou valeur affective, ce que vaut une chose est relatif à un autre être qu’elle. En revanche, la personne « ne peut être considérée seulement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin ». C’est cela que signifie la notion de respect : reconnaître l’autre comme une liberté posée en facede la mienne, ayant exactement la même valeur et le même droit. Respecter l’homme, c’est donc limiter volontairement sa liberté par égard pour celle de l’autre : « ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui ».
Tout être humain possédant « le Je dans sa représentation », autrement dit possédant la conscience de soi et la Raison, est donc une personne et doit être à ce titre l’objet d’unrespect absolu et inconditionnel. On ne peut pas abattre un individu dangereux comme un animal féroce. On ne peut pas acheter ou vendre une femme comme un objet, même précieux. On ne peut pas parquer des vieillards comme du bétail. On ne peut pas considérer un malade simplement comme un cas pathologique, etc.

Mais en disant cela, on ne prend en compte dans l’homme que la personne universelle etabstraite, le Je identique en tout sujet conscient. Or il convient de distinguer non seulement entre personne et chose, mais aussi entre personne et individu. Un homme, c’est aussi un moi individuel, c’est-à-dire un être concret et singulier. Un homme a un nom, une identité, il est né en telle année, à tel endroit. Il s’est construit dans un environnement social et culturel déterminé. Il a eu cesparents-là et non d’autres, a reçu une plus ou moins bonne éducation, a été confronté à telle ou telle situation qui l’a marqué, etc. Nous sommes tous différents. Et c’est justement parce que nous sommes libres comme personnes, que nous développons notre existence d’individus dans des directions si différentes. Bonnes ou mauvaises.
Il faut donc se demander à présent ce qui dans le comportementd’un être humain « force le respect », comme on dit. Pourquoi respectons-nous certaines personnes plus que d’autres ?

Le respect doit maintenant être entendu, non plus comme un devoir, un impératif catégorique, mais comme un sentiment. D’où vient ce sentiment ? Quel objet le provoque et pourquoi ? Kant montre que respecter, ce n’est pas aimer, ni craindre. C’est un sentiment en quelque...
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