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  • Publié le : 8 avril 2011
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Pour voguer sur une onde meilleure, maintenant la nacelle de mon esprit déploie ses voiles, laissant derrière une mer si cruelle ; et je chanterai ce second royaume où l’âme humaine se purifie, et devient digne de monter au ciel. Mais qu’ici renaisse la poésie morte 1, ô Muses saintes ! puisque je suis à vous, et qu’ici un peu se lève Calliope, accompagnant mon chant de ces sons qui tellementfrappèrent les filles de Piérius 2, qu’elles désespérèrent du pardon.

Une douce teinte de saphir oriental qui, jusqu’au premier cercle 3, menaçait l’aspect serein de l’air pur, rendit à mes yeux le plaisir, dès que je fus hors de la morte atmosphère, qui m’avait contristé la vue et le cœur.

La belle planète 4 qui invite à aimer, voilait les Poissons qui la suivaient 5, et, par elle animé, toutl’Orient souriait.

Je tournai à main droite, et je pensai à l’autre pôle, et je vis quatre étoiles 6 que nul ne vit jamais, hors la race première.

Le ciel semblait se réjouir de leur flamme. O Septentrion vraiment veuf, privé que tu es de les contempler !

Lorsque j’eus cessé de les regarder, me tournant un peu vers l’autre pôle 7, où déjà le chariot avait disparu, je vis près de moi unvieillard seul 8, digne, à le voir, de tant de révérence, que plus à son père n’en doit aucun fils. Il avait une longue barbe, mêlée de poils blancs, comme les cheveux, desquels sur la poitrine tombait une double tresse. Les rayons des quatre saintes étoiles ornaient tellement sa face de lumière, que je la voyais comme si le soleil eût été devant.

« Qui êtes-vous, vous qui, à l’opposé du sombrefleuve, avez fui l’éternelle prison ? dit-il en agitant sa barbe vénérable. Qui vous a guidés ? Qui a été votre lampe, en sortant de la profonde nuit, qui toujours obscurcit la vallée infernale ? Les lois de l’abîme sont-elles ainsi violées ? Ou, dans le ciel, a-t-on changé de conseil, que condamnés, vous veniez dans mes grottes ? » Mon Guide alors me prit la main, et ses paroles, ses mains, sessignes, disposèrent au respect mes jambes et mes yeux. Ensuite il répondit : « Je ne suis pas venu de moi-même. Du ciel descendit une Dame, dont les prières obtinrent à celui-ci le secours de ma compagnie. Mais puisque ton vouloir est que plus amplement te soit expliqué ce que vraiment nous sommes, le mien ne peut être de te refuser. Celui-ci ne vit jamais le dernier soir ; mais par sa folie il enfut si près, que bien peu de temps il lui restait pour échapper. Comme je l’ai dit, vers lui je fus envoyé pour le délivrer, et il n’était pas d’autre route que celle que j’ai prise. Je lui ai montré toute la gent mauvaise, et maintenant je me propose de lui montrer les esprits qui se purifient sous ton commandement. Comment je l’ai guidé serait long à te dire : d’en haut descend une vertu qui m’aaidé à le conduire, pour te voir et t’entendre. Qu’il te plaise donc d’agréer sa venue : il va chercher la liberté qui est si chère, comme le sait celui qui pour elle rejette la vie. Tu le sais, pour elle ne te fut point amère la mort à Utique, où tu laissas le vêtement qui, au grand jour, sera si brillant. Par nous ne sont point violés les édits éternels, puisque celui-ci vit, et que Minos ne melie point, mais que je suis du cercle où ta Marcie, de ses chastes regards te prie encore, ô cœur saint, de la tenir pour tienne : par son amour donc, incline-toi vers nous. Laisse-nous aller par tes sept royaumes : je lui reporterai les grâces que nous te devrons, si tu ne dédaignes point que là en bas de toi l’on parle. — Marcia, dit-il alors, plut tant à mes yeux pendant que j’étais dansl’autre monde, que toutes les grâces qu’elle voulut de moi, elle les obtint. Maintenant que sa demeure est de l’autre côté du fleuve maudit 9, elle ne saurait plus m’émouvoir, à cause de la loi qui me fut imposée, lorsque j’en sortis 10. Mais si du ciel une Dame te meut et te régit, comme tu le dis, pas n’est besoin de flatteries ; il suffit bien que par elle tu me requerres. Va donc, et ceins deux...
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