Tralala

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  • Publié le : 18 mai 2010
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ALFRED DE MUSSET
IL NE FAUT JURER DE RIEN

PROVERBE

PERSONNAGES

VAN BUCK, négociant. VALENTIN VAN BUCK, Son neveu. UN ABBÉ. UN MAITRE DE DANSE. UN AUBERGISTE. UN GARÇON. LA BARONNE DE MANTES. CÉCILE, Sa fille. La scène est à Paris.

ACTE I SCENE I La chambre de Valentin. VALENTIN assis. Entre VAN BUCK. VAN BUCK Monsieur mon neveu, je vous souhaite le bonjour. VALENTIN Monsieur mononcle, votre serviteur. VAN BUCK Restez assis ; j'ai à vous parler. VALENTIN Asseyez-vous ; j'ai donc à vous entendre. Veuillez vous mettre dans la bergère, et poser là votre chapeau. VAN BUCK, S'asseyant. Monsieur mon neveu, la plus longue patience et la plus robuste obstination doivent, l'une et l'autre, finir tôt ou tard. Ce qu'on tolère devient intolérable, incorrigible ce qu'on ne corrige pas ;et qui vingt fois a jeté la perche à un fou qui veut se noyer, peut être forcé un jour ou l'autre de l'abandonner ou de périr avec lui. VALENTIN Oh ! oh ! voilà qui est débuter, et vous avez là des métaphores qui se sont levées de grand matin. VAN BUCK Monsieur, veuillez garder le silence, et ne pas vous permettre de me plaisanter. C'est vainement que les plus sages conseils, depuis trois ans,tentent de mordre sur vous. Une insouciance ou une fureur aveugle, des résolutions sans effet, mille prétextes inventés à plaisir, une maudite condescendance, tout ce que j'ai pu ou puis faire encore (mais, par ma barbe ! je ne ferai plus rien !)... Où me menez-vous à votre suite ? Vous êtes aussi entêté... VALENTIN Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère.

VAN BUCK Non, monsieur, n'interrompezpas. Vous êtes aussi obstiné que je me suis, pour mon malheur, montré crédule et patient. Est-il croyable, je vous le demande, qu'un jeune homme de vingt-cinq ans passe son temps comme vous le faites? De quoi servent mes remontrances, et quand prendrez-vous un état? Vous êtes pauvre, puisqu'au bout du compte vous n'avez de fortune que la mienne ; mais, finalement, je ne suis pas moribond, et jedigère encore vertement. Que comptez-vous faire d'ici à ma mort ? VALENTIN Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère, et vous allez vous oublier. VAN BUCK Non, monsieur, je sais ce que je fais ; si je suis le seul de la famille qui se soit mis dans le commerce, c'est grâce à moi, ne l'oubliez pas, que les débris d'une fortune détruite ont pu encore se relever. Il vous sied bien de sourire quand je parle; si je n'avais pas vendu du guingan à Anvers, vous seriez maintenant à l'hôpital, avec votre robe de chambre à fleurs. Mais, Dieu merci, vos chiennes de bouillottes ... VALENTIN Mon oncle Van Buck, voilà le trivial ; vous changez de ton ; vous vous oubliez; vous aviez mieux commencé que cela. VAN BUCK Sacrebleu! tu te moques de moi. Je ne suis bon apparemment qu'à payer tes lettres de change ?J'en ai reçu une ce matin : soixante louis ! Te railles-tu des gens ? il te sied bien de faire le fashionable (que le diable soit des mots anglais !) quand tu ne peux pas payer ton tailleur ! C'est autre chose de descendre d'un beau cheval pour retrouver au fond d'un hôtel une bonne famille opulente, ou de sauter à bas d'un carrosse de louage pour grimper deux ou trois étages. Avec tes gilets desatin, tu demandes, en rentrant du bal, ta chandelle à ton portier, et il regimbe quand il n'a pas eu ses étrennes. Dieu sait si tu les lui donnes tous les ans ! Lancé dans un monde plus riche que toi, tu puises chez tes amis le dédain de toi-même ; tu portes ta barbe en pointe et tes cheveux sur les épaules, comme si tu n'avais pas seulement de quoi acheter un ruban pour te faire une queue. Tuécrivailles dans les gazettes, tu es capable de te faire saint-simonien quand tu n'auras plus ni sou ni maille, et cela viendra, je t'en réponds. Va, va, un écrivain, public est plus estimable que toi. Je finirai par te couper les vivres, et

tu mourras dans un grenier. VALENTIN Mon bon oncle Van Buck, je vous respecte et je vous aime. Faites-moi la grâce de m'écouter. Vous avez payé ce matin...
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