Vasari

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  • Publié le : 25 juin 2010
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Commentaire du tableau

Le format est plutôt inhabituel. C'est un rectangle étroit présenté dans le sens de la hauteur. Il s'agit d'une scène citadine nocturne éclairée par des flambeaux et un croissant de lune. On y voit des soldats casqués, armés de hallebardes et de sabres, en train de massacrer devant un bâtiment des vieillards désarmés. On sait qu'il s'agit de la nuit de la SaintBarthélemy et la défenestration qui y figure correspond à celle dont fut victime le chef des protestants l'amiral de Coligny.
Ce tableau représentant cette tuerie sauvage fut pourtant commandé à Vasari par le pape Grégoire XIII (celui qui instaura le calendrier grégorien, notre calendrier actuel) pour faire exemple dans le cadre de la Contre-Réforme et il se trouve toujours dans la salle Regia au Vatican.Voyons d'abord comment la violence est montrée puis comment le parti catholique est légitimé dans ce massacre.

I) Une scène violente

A) Un carnage dans une fosse

La scène est montrée en contre-plongée et au premier plan, dans une sorte de fosse, apparaît un enchevêtrement de corps brutalisés par des soldats. Ces derniers brandissent des sabres pointés sur des vieillards qui tentent dese protéger de leurs mains nues, doigts écartés.
Deux soldats se détachent de profil. Le premier, au tout premier plan, revêtu d’une tunique jaune, plaque au sol de son bras gauche et de son genou droit, prêt à l’égorger de son sabre ensanglanté, un vieil homme chenu. Ce vieillard est le seul protestant, d’ailleurs, qui porte une épée, dressée dans l’angle inférieur droit du tableau. Au-dessus,un deuxième soldat à la tunique rouge saisit par les cheveux un vieillard qui lui tourne le dos et s’apprête à le frapper de son sabre.
Derrière lui, un autre soldat dont on n’aperçoit que le casque frappe de face un homme au visage grimaçant de douleur. La tuerie se poursuit dans un désordre de têtes et de bras levés pour parer les coups ou pour en donner. Entre les corps en désordre,apparaissent des têtes d’hommes terrorisés, d’agonisants et de morts.
Bien que ce soit la nuit, ce premier plan est bien éclairé par deux sources lumineuses, une à l’avant (à la place du spectateur et donc à l’extérieur du tableau) et l’autre constituée d’un flambeau et d’une lanterne ronde, au centre du tableau. Cet éclairage artificiel fait briller les lames des sabres, les casques et les tuniques desassaillants et met en lumière les corps et les têtes. Les expressions des victimes en sont d’autant plus saisissantes.

Le combat est inégal : pas de corps à corps équilibrés mais des vieillards acculés, malmenés qui tentent de fuir, de se protéger de leurs mains ouvertes (signe d’ouverture et d’innocence ?) et qui s’écroulent, vaincus. Leurs vainqueurs sont jeunes, vigoureux, ont unemusculature d’athlètes et leurs poings sont serrés (signe de fermeture et de sauvagerie ?) sur leurs armes ou crispés sur les têtes de leurs victimes qu’ils dominent de toute leur force.
Ce carnage paraît donc odieux car on dirait des fils tuant leurs pères. Le sort réservé au vieillard du tout premier plan ne fait pas de doute et le geste en suspens du soldat n’en est que plus terrible. On comprend sonacharnement car c’est le seul protestant à avoir une arme (probablement prise à son agresseur) et celle-ci est encore pointée et menaçante. Si le regard suit la direction de la pointe de l’épée, il rencontre le bras et la main d’une autre victime, prolongés par deux autres mains levées demandant grâce, et est bloqué par le poing dressé, serré sur le manche d’un sabre, d’un soldat, ce poing occupantle centre exact de la scène, comme pour en marquer le symbole, celui de la répression absolue.
Au vu de cette moitié inférieure du tableau, on ne peut qu’être scandalisé par la férocité des soldats catholiques (ce sont des militaires, donc ils sont en mission !) et on se demande tout de même si Vasari, bien que peignant sur commande, ne montre pas leur cruauté et l’iniquité d’un tel massacre....
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