Victor hugo, quatrevingt-treize «  gauvain pensif » (p 439 à 441 )

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  • Publié le : 26 décembre 2010
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LITTERATURE FRANCAISE
Commentaire composé

Victor Hugo, Quatrevingt-treize


TROISIEME PARTIE, LIVRE SIXIEME
«  Gauvain pensif » (p 439 à 441 )

Lantenac est le chef de la contre révolution vendéenne rentré tout exprès d'Angleterre pour mener une lutte implacable contre les républicains. Assiégé, celui-ci se rend après avoir mis sa propre vie en péril pour délivrer de l'incendie duchâteau de la Tourgue des enfants qu'il avait lui même pris en otage. Gauvain son petit neveu, qui avait promis la mort de Lantenac est bouleversé par le geste de celui-ci qui vient ébranler ses convictions. Ainsi l’action est suspendue et s’inscrit dans le texte un intervalle pensif. Il s'agit du monologue au style indirect libre, de Gauvain confronté à un dilemme douloureux sauver Lantenac songrand oncle ou non. Il s'agira dés lors d'évaluer l'intêret de ce monologue tout autant que la portée du dilemme dont il est question.
Dans un premier temps, nous nous attacherons à évaluer les manifestations de ce vif tourment intérieur puis il s'agira de mesurer la cause du tourment c'est à dire l'acte prodigieux de Lantenac et d'en dégager les modalités. Enfin, nous nous interrogerons surl'universalisation de l'évènement et la portée réflexive qu'il implique.

Il s'agit bien ici d'un monologue intérieur motivé par le douloureux dilemme auquel se trouve confronté Gauvain: sauver ou non Lantenac. On pourra tout d'abord relever le champ lexical de la pensée: « esprit » (l.1,2), « pensée » (l.2), « raisonnement »(l.68),« raison » (l.69 et l.74). La première phrase de notre passage estdéjà très explicite: « Gauvain subissait ces spirales vertigineuses de l'esprit revenant sur lui-même, qui font la pensée pareille à la couleuvre » (l.1 à 3) Le choix du verbe « subir » traduit la situation délicate dans laquelle il se trouve, Gauvain est rattrapé par sa conscience qui lui inflige une véritable torture morale. L'assimilation à la couleuvre introduite par le comparant « pareille à »rend compte de l'évolution rapide et incontrôlable de ses pensées. On notera d'ailleurs l'allitération en /s/ qui rappelle le sifflement du serpent et donne d'autant plus de vigueur à la comparaison.
Par ailleurs, si l'esprit de Gauvain est assimilé à une couleuvre le dilemme apparaît comme un double gouffre. On pourra relever le champ lexical associé: « spirales vertigineuses »(l,1),« précipite »(l.29), « abîmes » (l.77). Ainsi,« Deux abîmes s'ouvraient devant Gauvain » (l.77)dans lequel il devait de toute façon tomber, « Il fallait se précipiter dans l'un ou l'autre »(l.78,79). Cette métaphore introduit un sentiment de fatalité, peut importe la décision final Gauvain en subira les conséquences, ce qui renforce la résonance tragique du texte. Le texte épouse le rythme de la pensée deGauvain tout autant que celui des émotions qu'elle suscite en lui. En effet, on pourra tout d'abord relever phrases interrogatives récurrentes tout au long du passage qui traduisent bien souvent son indétermination quant à la décision qu'il doit prendre « Comment choisir ? » (l.63), « Etait-ce cela qu'il fallait faire? »(l.65,66) « Perdre le marquis ? Ou le sauver ? » (l.77,78). De nombreusesmarques de l'exclamation peuvent être également relevées telles que « non! non ! non ! »(l.26), « Quelle force pourtant dans la raison sévère ! »(l.74) ou bien encore la répétition récurrente du « quoi! » dans la longue phrase qui s'étend de la ligne 3 à 31 et qui rythme la phrase dont nous analyserons la portée dans la seconde partie de ce commentaire. Ces exclamations indiquent non seulementl'urgence de la situation mais aussi les émotions qui l'envahissent telle que la révolte ou la peur, le bouleversement, le sentiment de déchirement. C'est une véritable torture morale et émotionnelle que subit Gauvain. Cette torture se répercute également physiquement: « Et il frémissait » (l.53). L'emploi du verbe « balbutier » dans la proposition « Et il balbutiait en lui même » (l.48)...
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