Vieille chanson du jeune temps

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1040 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 23 mars 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Proposition de corrigé du commentaire de
« Vieille Chanson du jeune temps » de Victor Hugo
Si de nombreux poèmes évoquent et donnent une voix au sentiment amoureux, rares sont
ceux qui racontent une aventure complètement ratée. La chose est d’autant plus remarquable
sous la plume de Victor Hugo, grand séducteur s’il en fut jamais. Néanmoins c’est bien lui qui
narre, en 1831 ou en 1855, enneuf quatrains d’heptasyllabes en rimes croisées, sous le titre
« Vieille Chanson du jeune temps », un souvenir d’adolescence où il n’a pas le beau rôle. Nous
étudierons d’abord cette histoire d’amour inaboutie, puis la double idéalisation de la femme et
de la nature. Nous verrons finalement comment le regret donne naissance à l’écriture.
Le poème raconte tout simplement une histoire d’amourratée, ou plus exactement qui n’a
pas eu lieu.
Un jeune homme et une jeune femme se promènent ensemble dans un bois. Nous
possédons quelques renseignements sur cette’ dernière : elle se nomme « Rose », sait-on dès le
premier vers, elle a vingt ans (v. 14), le « bras blanc » (v. 20) et le pied « petit » (v. 27). Et si ses
yeux brillent, comme nous le dit le vers 14, c’est parce qu’elle a trèsenvie de séduire le jeune
homme avec lequel elle se trouve. c’est pour cette raison que, sous prétexte de cueillir une
« mûre » à une branche élevée, ou de se rafraîchir, elle montre son bras et son pied dénudés.
Ainsi pendant la promenade reste-t-elle silencieuse, contrairement à celui qui l’accompagne.
Ce dernier, Victor Hugo lui-même sans doute, n’a que « seize ans » (v. 13), et semblemélancolique, peu intéressé par ce qui se passe autour de lui ; il a « l’air morose » (v. 15).
Durant toute la promenade, il parle ; il est le sujet de tous les verbes de parole : « parler »
évidemment (vers 3, régi par un « nous » dans lequel, pour la seule fois du texte, Rose est
intégrée ; vers 7), « dire » (v. 29). Mais c’est pour proférer des banalités : « des fleurs, des
arbres » (v. 7). Parailleurs, il semble se déplacer sans cesse, puisqu’il est également caractérisé
par des verbes de mouvement, comme « marcher » au vers 6, « suivre » au vers 30 et « sortir »
au vers 34. C’est aussi, si l’on connaît Victor Hugo, sa « nature amoureuse » qui dort « dans
les grands bois sourds (v. 23-4)». Cet épisode la réveillera.
En attendant, il ne remarque rien, ne se rend nullement compte desmanoeuvres de
séduction de sa compagne. C’est pourquoi il est défini dans le texte par des négations, aux vers
4, 20 et 28, ces deus derniers vers étant d’ailleurs remarquablement parallèles. et la tentative de
séduction de la jeune femme n’aboutit pas. C’est une occasion manquée. La fin de cette petite
histoire est marquée par la reprise en chiasme des deux premiers vers par’ les deux derniers: le
vers 35 a pour sujet Rose, comme le vers 2, et le premier ainsi que le dernier sont consacrés aux
pensées (ou aux non-pensées) du jeune homme. Mais ce chiasme se redouble d’une inversion
des négations ; au premier quatrain, c’est le jeune homme qui « ne [songe] pas à Rose, au
dernier c’est Rose qui dit à elle-même « n’y pensons plus ». Parallèlement, si au début Rose
désire suffisammentle (futur) poète pour venir « au bois » avec lui, c’est lui qui « y pense » au
vers 36, et c’est pour « toujours ». Le « nous », présent au début du texte, alors que le couple
semble encore possible, disparaît ensuite.
Le texte donne justement une voix à ce regret, et, écrit treize (ou trente-sept) ans après les
faits qui y sont racontés, il permet à Hugo d’épancher sur un ton lyrique etélégiaque, une douce
mélancolie. Mais à travers cette dernière transparaît une double idéalisation : celle de la femme,
et celle de la nature.
2. Une image idéalisée de la femme et de la nature
Le narrateur est aussi aveugle à l’une qu’à l’autre.
a. la femme
- « belle » (v. 35) dans son physique (la blancheur de son bras, teint qui fait partie
des canons de la beauté féminine jusqu’au début...
tracking img