L'anarchisme

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  • Publié le : 19 janvier 2010
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L’anarchisme : entre critique du droit et aspiration à la justice

Enrico Ferri

Le mouvement social, syndical et politique, qui s’est constitué à la seconde moitié du XIXème siècle à travers l’Association internationale des travailleurs, sous l’impulsion de Michel Bakounine, se réclamait de manière polémique, mais aussi positive, de l’anarchisme. C’est-à-dire d’un principe qui nie toutevision du monde, toute forme d’organisation sociale, tout type de relation interpersonnelle fondés sur le principe d’autorité.

Ce fut Pierre-Joseph Proudhon qui le premier formula une théorie que nous pouvons définir anarchiste. Elle avait pour base des principes tels que l’autonomie individuelle, la liberté, l’égalité, l’auto-administration, le fédéralisme et la solidarité. Proudhon fut de même lepremier à donner par la formule « principe d’autorité », la synthèse théorique et historique de la réalité fondée sur la hiérarchie, l’intimidation et l’inégalité, auxquelles il fallait s’opposer et qu’il fallait renverser.

Dans la Science moderne et l’Anarchie, Kropotkine fait remonter plus loin encore, à William Godwin et à son œuvre fondamentale, Enquête sur la justice politique de 1793, lapremière théorie organique des principes et des fins politiques et économiques de l’anarchie. Rappelons tout de suite que tant Godwin que Proudhon, bien que fort critiques à l’égard de tout type d’autorité qui s’impose d’en haut et de manière coercitive sur l’individu et sur la société, sont non seulement en faveur de la justice, mais maintiennent que seule une société fondée sur la liberté etl’égalité pourra la réaliser de manière intégrale.

Il est de même significatif que leurs œuvres principales, Enquiry Concerning of Political Justice (Enquête sur la justice politique) et De la justice dans la Révolution et dans l’Église se réclament d’une notion positive du droit et de la justice.

Pour comprendre la philosophie juridique de l’anarchisme théorique il faut analyser et différencierdiverses notions : l’autorité, le droit, la justice. Dans son essai Dieu et l’État, Bakounine offre une synthèse théorique tant de ce que les anarchistes nomment le principe d’autorité que de sa critique.

Dieu représente de fait pour notre Russe le principe d’autorité par excellence, sur lequel se sont organisées au cours de l’histoire toutes les sociétés et les relations fondées sur lahiérarchie, l’inégalité, la mortification des libertés individuelles.

L’État, d’autre part, représente dans le monde moderne la réalisation la plus concrète et la plus complète du principe d’autorité. La théologie est la doctrine qui définit le mieux le principe d’autorité, parce qu’elle part du présupposé qu’il existe un créateur, Dieu, et une créature, l’homme, un absolu et un relatif, un infini etun contingent, un tout et un rien. La relation qui s’établit entre un créateur, en soi complet et parfait, et une créature limitée et imparfaite, qui a son origine en dehors d’elle-même et qui est incapable de définir seule les règles et le sens de sa vie, est nécessairement une relation fondée sur la domination par Dieu et la soumission de l’homme, une relation hiérarchique, entre maître etesclave.

La relation entre Dieu et l’homme est pour Bakounine le prototype de la relation servile, qui en accentue et en clarifie les contenus : si Dieu est la réalité et l’homme n’est qu’une expression de cette réalité, le résultat d’un caprice de Dieu ou d’une création faite pour vaincre l’ennui, ainsi que le souligne ironiquement Bakounine, il est évident que la seule relation qui puisse s’établirentre Dieu et l’homme se base sur cette différence de nature, sur l’inégalité, sur le primat de Dieu et la subordination de l’homme, sur une hiérarchie au sommet de laquelle se trouve Dieu, origine et fondateur, et à la base de laquelle se trouve l’homme, créature parmi toutes les créatures du monde créé. Un homme qui, selon la doctrine chrétienne, est coupable de s’être rebellé contre son...
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