L'argent , moyen absolu

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  • Publié le : 8 juin 2010
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« Le choix qu’offre l’argent […] n’est pas spécifiquement limité ; le vouloir humain, quant à lui n’ayant aucune limite, une multitude d’éventuelles utilisations concourent sans cesse pour chaque somme disponible » note le philosophe allemand Simmel dans Philosophie de l’Argent. Il est en effet aisé de voir en l’argent le moyen absolu de tout posséder à condition d’avoir la somme d’argentnécessaire. Il ne fait alors aucun doute que l’argent devient valeur d’échange, étalon, de toutes les choses que l’homme peut vouloir. « Dès que l’argent devient l’étalon de toutes les autres choses […] [il] dévalue en un certain sens tout ce dont il est l’équivalent » propose en substance toujours Simmel dans ses Quelques réflexions sur la prostitution dans le présent et dans l’avenir. Alors quel’argent devient une puissance dominante de nos sociétés, Simmel propose une analyse en profondeur des aspects de l’argent et de son incidence dans tous les rapports sociétaux. Et quoi de mieux pour mettre en perspective l’argent que de l’éclairer à la lumière de la prostitution. En effet c’est peut-être bien le marchandage du corps qui fait apparaître avec le plus de force la dévaluation d’une chose–qui n’est ici rien de moins que l’homme- dès que l’argent est étalon de la chose en question. Dévaluer la chose, c’est ici faire abstraction de toutes les qualités de la chose pour ne plus lui reconnaître que sa valeur monétaire. C’est en fait faire que, à l’instar de l’argent, toutes les choses soient dépourvues de qualités et de couleur. La position de Simmel semble de prime abord très pertinente,elle mérite pourtant d’être nuancée et réinterprétée.

PREMIERE PARTIE
L’appel aux définitions est une première justification triviale de la pertinence du propos de Simmel. Aristote appelle qualité « ce en vertu de quoi on est dit être tel ». En quelque sorte les propriétés intrinsèques d’une chose. Ces propriétés semblent presque toujours échapper à une évaluation quantitative. Seulesles propriétés physiques sont mesurables. En particulier on ne peut évaluer le degré d’utilité d’un objet. Un objet sera utile ou inutile. On peut certes envisager des objets plus utiles que d’autres et donc classer les objets par ordre de priorité dans nos désirs de les posséder mais en aucun cas dire qu’un objet a des qualités à hauteur de trente euros plutôt qu’à hauteur de quarante euros.C’est pourtant l’ambitieux pari de l’argent qui, en devenant la valeur étalon de toute chose, à pour objectif de quantifier les qualités d’un objet et en particulier son degré d’utilité. En quantifiant ce qui est, tout au moins par définition, non quantifiable l’argent vide de son contenu, de son essence les choses qui ne sont désormais définies que par une quantité monétaire, leur prix. Cet argent quiest somme toute, en l’absence de toute représentation matérielle, une simple valeur algébrique est fade et sans qualité. En donnant leur valeur aux choses, l’argent leur fait donc perdre leurs qualités propres et les dévalue ; l’individu n’ayant plus que des considérations d’ordres monétaires à l’égard de la chose et éludant ses qualités.

Le pis est lorsque la chose en question est un homme.« L’argent qui devient l’étalon de toutes les autres choses », c’est l’argent qui devient aussi l’étalon du rapport humain. L’homme peut alors devenir un bien marchand qui s’échange, s’achète et se vend. Les bornes de la puissance de l’argent sont ténues. La réplique sarcastique « Si tu n’obtiens pas ce que tu veux avec de l’argent, tu peux l’obtenir avec beaucoup d’argent. », apparaît dans Chatnoir, Chat blanc, un film d’Emir Kusturica, et témoigne de la puissance absolue de l’argent qui n’est limitée que par la quantité que l’on possède et que l’on accepte de consacrer à la transaction. Avec suffisamment d’argent on peut donc tout acheter, y compris un homme. On pense bien sûr à l’esclavage qui réduit l’homme à l’état d’objets marchands que d’autres hommes peuvent librement...
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