L avenir d une illusion

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  • Publié le : 1 mars 2010
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Pour Freud, il s’inscrit dans une longue série de recherches consacrées à la psychologie collective, qui commence avec Totem et tabou (1911) et se termine avec L’Homme Moïse et la religion monothéiste (1939). Totem et tabou explorait la préhistoire, les premiers interdits et l’origine pulsionnelle de la religion. L’Avenir d’une illusion, tourné vers le futur, traite de la religion de son époque.Entre ces deux textes, il y a eu une guerre, et, pour Freud, la découverte de son cancer. Comme changement de perspective, ce n’est pas rien.
Le mot-clé est dans le titre. En parlant d’illusion, Freud ne dit pas que la religion est une erreur. Il qualifie une croyance d’illusion « lorsque, dans sa motivation, l’accomplissement de souhait vient au premier plan« . Pour se faire comprendre, il citel’histoire de la jeune fille pauvre qui rêve d’épouser un prince : cela ne marche pas souvent, mais ce n’est pas complètement impossible.
Il définit la religion comme ce qui vient aider l’homme dans sa détresse devant la puissance destructrice de la nature, comme ce qui lui permet
de gouverner ses passions les plus basses, l’inceste ou le meurtre. Il considère cette croyance comme un étatinfantile de l’humanité, qui s’est inventé un Dieu-père bienveillant pour s’occuper d’elle. Croyance contre laquelle doit se battre la science pour que l’humanité grandisse.

La forme de l’ouvrage, en elle-même, est intéressante. Freud sait qu’il s’attaque à quelque chose de dangereux, pour lui comme pour la psychanalyse. Il est dans la Vienne catholique, dans la chrétienté d’Occident. Il a beau direque son livre est inoffensif, il sait que, par son propos, il va tenter de priver l’humanité d’un narcotique, de ce « doux poison » qu’est la religion consolatrice.
Pour mener ce combat difficile, il choisit un dialogue à deux voix. On peut sans doute voir derrière son interlocuteur la figure de Romain Rolland : grand croyant, grand chercheur, Prix Nobel de littérature, il avait tout pourintriguer et séduire Freud, et les deux hommes échangeaient à cette époque une correspondance forte dans laquelle le thème de la religion tenait une part importante. Freud, donc, met en scène un interlocuteur, qui ne parle pas beaucoup mais qui ne dit pas des choses dérisoires. Sa démarche est honnête. Sans doute est-ce important pour lui que cette autre voix se fasse entendre. Il dit que c’est unadversaire : c’est peut-être aussi une part de lui-même à laquelle il renonce.
Quelle place tenait la religion dans l’éducation de Freud ?
Il ne venait pas d’un milieu juif pratiquant. On respectait certaines traditions, on célébrait la Pâque, mais on pourrait croire qu’on ne souhaitait qu’une chose : que les enfants s’assimilent et réussissent dans la société. Cependant, sous les apparences, toutn’était pas si simple.
Il y a ainsi cette Bible incroyable, donnée par son père pour ses 35 ans. Cette Bible, que Jakob Freud lui-même s’est chargé de faire relier pour son fils, commence par la page 423 ! On a parlé d’un relieur négligent… Mais il paraît invraisemblable que son père ne se soit pas aperçu de l’erreur, eu égard à la valeur d’une Bible pour un juif. Il s’agit plus probablement d’un gesteintentionnel.
Pour quelle raison ? On ne peut ici qu’avancer des hypothèses. Les pages par lesquelles commence cette Bible singulière relatent l’histoire du roi David et de Bethsabée : une histoire d’adultère et de meurtre, celle d’un couple coupable dont naîtra plus tard un fils, Salomon – Schlomo en hébreu. Or, Schlomo est le prénom juif de Sigmund, et c’est celui-là que Jakob emploie dans sadédicace. Par ailleurs, certains indices laissent à penser que Jakob Freud a abandonné une deuxième femme pour épouser Amalia Nathansohn, la future mère de Sigmund. Selon moi, Jakob Freud, avec cette Bible, a volontairement laissé une piste à son fils pour qu’il explore sa propre genèse. Piste que celui-ci, tout psychanalyste qu’il était, n’a pas suivie.
A l’époque où paraît ce texte, la...
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