L explosion du poids de la finance

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  • Publié le : 3 mai 2010
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L explosion du poids de la finance
Lorsqu'une barque se renverse, quelques personnes tombent à l'eau. Mais quand c'est le Titanic, le nombre de victimes explose. La finance (actions, obligations et crédits bancaires) pèse désormais l'équivalent de quatre fois le produit intérieur brut (PIB) mondial. Alors que les mouvements de capitaux étaient encore équivalents aux échanges de biens et deservices au début des années 80 pour la plupart des pays, ils représentent aujourd'hui un montant quatre fois plus élevé en Allemagne, cinq fois plus au Japon, dix fois plus en France. La finance a pris un poids démesuré par rapport au fonctionnement des économies et ses dérapages ont des conséquences potentielles bien plus lourdes qu'hier sur la croissance mondiale, l'emploi et le bien-être despopulations.
Nous serons peut-être malheureusement en première ligne pour le comprendre dans les semaines qui viennent: l'ampleur, bien plus forte que prévu, des pertes des grandes banques internationales dans la crise des prêts immobiliers subprime aux Etats-Unis fait désormais craindre de leur part un comportement de rationnement du crédit. C'est-à-dire, pour les entreprises et les ménages, unedifficulté de plus en plus grande à se financer qui arriverait au plus mauvais moment, alors que les économies américaine et européenne ne sont pas au mieux. Tels des joueurs, non volontaires, d'un casino mondial, il ne nous reste plus qu'à attendre les effets des paris perdus par les acteurs financiers, en espérant qu'ils ne vont pas (trop) nous en faire payer les conséquences.
Londres, 1957
Qui aeu l'idée de construire ce paquebot financier gigantesque? Personne en particulier. Aucun gnome, de Zurich ou d'ailleurs, ne tire les ficelles. La financiarisation croissante de nos économies tient à la fois aux évolutions technologiques, à des décisions publiques, à des initiatives privées, réparties sur une cinquantaine d'années. S'il faut trouver un certificat de naissance symbolique audéveloppement contemporain de la finance, au début de son internationalisation et à sa capacité à grandir en échappant à la tutelle des contrôles publics, ce serait Londres, 1957.
La City londonnienne cherche alors à retrouver son lustre d'antan, quand l'Angleterre dominait le monde, en devenant l'endroit privilégié où se développent les prêts et les dépôts de dollars qui circulent en dehors desEtats-Unis, ce que les experts appellent les "eurodollars". Ces eurodollars sont un jeu d'écriture comptable qui permet à une banque installée hors des Etats-Unis d'effectuer des opérations en dollars sans que celles-ci soient considérées comme ayant eu lieu sur le territoire de résidence de la banque. Elles se produisent dans un espace fictif, l'offshore, dont la particularité est de n'être sous lecontrôle d'aucune autorité publique.
L'effacement des frontières
A partir de ce moment, la finance va prendre son essor dans des directions multiples, mais dont le principe restera toujours le même: celui de l'effacement des frontières. Les premières, les plus connues, sont les frontières géographiques. La libre circulation internationale des capitaux permet aux investisseurs de partir en quête derendements financiers partout où les pays s'ouvrent financièrement. La contrepartie en est que les mouvements de capitaux sont devenus de plus en plus difficiles à comprendre. Dès 1999, la Banque d'Angleterre reconnaissait que la localisation des transactions financières "est de plus en plus difficile à déterminer - une transaction peut se produire entre deux entités dans deux endroits différents,pour le compte d'un client situé dans un troisième, avant d'être réglée dans un quatrième endroit".
Les frontières institutionnelles ensuite, celles entre les établissements. Avant, c'était à chacun son métier: les banques proposaient des prêts et des services de paiements, les assurances des polices d'assurance, les fonds d'investissement des placements risqués, etc. Désormais, les banques...
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