L image en prison

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  • Publié le : 11 décembre 2011
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IMAGES EN PRISON
Lieux Fictifs est une structure associative qui produit des films documentaires et des œuvres d'art vidéo. L’association a été fondée en 1994, ses membres sont des cinéastes indépendants et des techniciens qui travaillent également pour la télévision et le cinéma.

Depuis 1997, Lieux Fictifs porte une action appelée "Image en prison" sous la forme d'Ateliers deFormation et de Création Audiovisuelle au Centre Pénitentiaire de Marseille. Les "Ateliers" tels qu'ils existent aujourd'hui sont le résultat d'une histoire et d'une présence quasi continue de l'image en prison depuis 1987.

Cette histoire s'appuie à la fois sur le parcours artistique et professionnel de deux cinéastes, Caroline Caccavale et José Césarini et sur une politique publique qui arendu possible le développement d'un dispositif complexe, articulant plusieurs dimensions, prenant en compte à la fois la double nature du cinéma, art et industrie, et les difficultés inhérentes à la formation en milieu carcéral. La formation y est conçue comme un processus éducatif global. L'obtention d’un espace uniquement destiné au travail sur l'image, "le studio", et la conception d'un dispositifde travail suffisamment solide pour ne pas être absorbé ou approprié par la culture pénitentiaire ont permis que les ateliers s'affirment, année après année, comme un lieu de recherche et d'expérimentation sur l'image en prison.

1 - Le langage de l’image
L'image constitue un langage à part entière En tant qu’objet de représentation, l’image est un moyen de mettre en mouvement sa pensée, deprendre conscience de l’altérité, de construire le récit d'une mémoire. Elle peut créer du sens et du lien social mais ne le fera que par un apprentissage. Il s'agit à la fois d'acquérir des compétences techniques, nécessaires pour réaliser des images mais aussi de ne plus être dans un rapport de consommation passive vis à vis des images, notamment télévisuelles

De nombreux individus incarcéréssont illettrés et ont une relation à la lecture et à l’écriture très sommaire. Par contre, tous sont dans un rapport très fort à l’image. Ce rapport déjà présent dans leur vie à l’extérieur se retrouve renforcé lors de leur incarcération.

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Cette relation, entretenue exclusivement avec la télévision, les place la plupart du temps dans la position de consommateurs d’image. La téléfait passer le temps, crée une présence, mais ne les aide pas à se regarder autrement et à envisager le monde sous d’autres aspects.

Le rapport entretenu avec l’image renforce le sentiment d’impuissance, sentiment qui est souvent exacerbé du fait de l’isolement du détenu par rapport au monde extérieur. Le dispositif de formation est constitué de plusieurs dimensions qui sont autant d’entréespossibles pour interroger et s’interroger sur l’image : Qu’est ce qu’une image ? Comment faire une image ? Quelle est la place du spectateur ?

Ce sont ces questions que nous explorons, confrontons, interrogeons individuellement et collectivement dans les ateliers dans des aller-retour permanents entre regarder une image – penser une image – faire une image.

2- Le studio : un espace à partDepuis décembre 1998, les ateliers sont installés dans le studio audiovisuel de l’Etablissement qui est un espace entièrement consacré à ce travail. Dix années ont été nécessaires pour mener à bien ce projet. Financé par l'Administration Pénitentiaire et l'Association Socioculturelle et Sportive de l'Etablissement, le studio est construit sur les cours de promenade des anciens quartiers de hautesécurité. La mise à disposition de cet espace par l'Etablissement Pénitentiaire n'est pas une carte blanche. Pour l'institution pénitentiaire, elle répond à trois objectifs : la formation professionnelle des détenus sur des postes techniques, la diffusion sur le canal interne de l'établissement d'émissions d'informations internes, et l'application de la politique culturelle inscrite dans le protocole...
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