L’écriture engagée

Ayant dénoncé Napoléon III dans Les Châtiments, Hugo se propose de montrer que ce n’est pas seulement ce dictateur-là auquel il s’oppose : c’est tous ceux auxquels il l’assimile, les Césars, Borgias et Mourads de ce monde. Mais malgré toute sa verve, il prouve aussi qu’un auteur ne peut pas venir tout seul à bout d’une dictature, surtout celle d’une société qui accepte cette tyrannie. Toutes les fulminations d’Hugo ne changeront rien. Il ridiculise le nouvel empereur, il lui inflige à jamais le nom de « Napoléon le Petit », mais l’exécration distillée en vers des Châtiments n’aura aucun effet sur la réalité politique. Il faudra attendre une guerre désastreuse pour que la cible d’Hugo se voie déchu de son trône.

On oublie souvent à quel point le coup d’état du 2 décembre fut sanglant. Il y a une tendance à n’y voir qu’une régularisation des choses, un changement de style; après tout, c’est le président de la République qui se porte au pouvoir… Ce fut pourtant un véritable coup militaire, où le changement s’imposa à coups de baïonnettes. Quand Hugo se soulève contre la tyrannie, c’est qu’il l’a connue, en a vu les effets. À l’opposé de son oncle le 18 brumaire, celui qui sera bientôt Napoléon III ne jette pas simplement un gouvernement par la fenêtre avant de recenser les acclamations du peuple : il réprime sauvagement tous ceux qui s’engagent dans la rue pour protester contre son acte. Il y aura plusieurs centaines de fusillés, plus de 25,000 arrêtés. Il est vrai qu’il n’était pas dans les intentions du nouveau Napoléon de faire tuer qui que ce soit, mais si Hugo le diabolise peut-être un peu trop, il...

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