Autrui est-il un autre moi-même ?

Pages: 12 (2788 mots) Publié le: 20 novembre 2010
Introduction
Autrui n'est pas absolument différent de moi. S'il l'était, je n'aurais aucun rapport à lui. Mais il ne m'est pas pour autant identique : il doit être autre que moi. Entre l'identité et la différence, faut-il donc dire qu'autrui est un autre moi-même ? La question porte sur la nature des rapports humains en général. Savoir ce que sont les autres pour moi permet de comprendre ce quinous lie et de se conduire comme il faut. On doit d'abord voir en l'autre le semblable, à la fois identique et différent, avec lequel il est toujours possible de communiquer et de vivre en société : c'est l'ami, le voisin, le concitoyen, c'est-à-dire l'autre moi, autre que moi, dont la différence apparente n'est qu'accidentelle parce qu'elle renvoie à une même identité plus profonde etessentielle. Mais on peut aussi voir en l'autre un être chez qui cette différence n'est pas qu'apparente, mais irréductible et réelle, parce qu'elle ne renvoie qu'à elle-même et non à une identité ou une essence commune de l'humanité. C'est ainsi que le barbare, l'autiste et le fou sont des hommes semblables à nous, bien que l'on ne puisse généralement vivre et communiquer avec eux comme avec les autres. Quidonc est l'autre pour moi : est-ce mon prochain, un être autre comme moi, avec lequel je puis cependant m'unir parce qu'il n'existe entre nous qu'une différence superficielle et contingente ? Ou est-ce un être lointain, sans moi, avec lequel je ne puis partager que la différence et non l'identité parce qu'elle seule est réelle ? Cette réflexion théorique sur notre rapport à autrui s'avère ainsiavoir une dimension ontologique et une signification pratique. Il s'agit de séparer l'être du paraître, pour savoir ce qui est vraiment, entre l'identité et la différence. Mais l'enjeu, moral et politique, est de comprendre ce que c'est qu'être humain, pour parvenir à vivre ensemble. Faut-il en effet qu'autrui me ressemble pour que je voie en lui un homme ? Y a-t-il un modèle d'humanité ? Commentcomposer les différences pour vivre en société ?

I. Autrui, l'ami, est un autre moi-même
« La ressemblance constitue l'amitié, nous dit Aristote. L'ami veut être un "autre soi-même". Percevoir un ami, c'est en un sens se percevoir et se connaître soi-même » (Éthique à Eudème, VII, 12). Aristote définit l'amitié par la ressemblance, conçue comme une synthèse d'identité et de différence. L'amiest l'alter ego, le semblable, qui n'est ni identique ni différent, parce qu'il est les deux simultanément.
On ne peut en effet faire de l'identité le principe de l'amitié, remarque-t-il. Deux êtres vraiment semblables ne peuvent rien s'apporter, car chacun d'eux dispose déjà de ce qu'a l'autre : ils n'ont pas besoin l'un de l'autre et ne sont pas amis. Mais on ne peut pas non plus la fonder sur leprincipe contraire, la différence, car deux êtres radicalement opposés ne peuvent jamais se rencontrer : étant tels, ils s'excluent mutuellement et ne peuvent donc vivre ensemble, ni être amis. Aristote en conclut que l'on ne peut rendre raison de l'amitié qu'en opérant la synthèse de ces principes apparemment opposés. Aussi fonde-t-il l'amitié sur de la ressemblance, celle-ci pouvant seconcevoir soit comme une identité partielle, soit comme une petite différence. L'ami est donc celui qui nous ressemble, et l'on aurait tort de prendre au mot la sagesse populaire qui dit que « les contraires s'attirent », ou que « entre amis tout est commun », bien qu'il faille l'écouter lorsqu'elle nous dit que « l'ami est un autre soi-même ». Aristote tire de cette analyse une première leçon théorique :la connaissance de soi passe par celle de l'autre, nous dit-il en développant l'analogie suivante. Il est impossible à l'homme de se connaître immédiatement lui-même, comme à l'œil de s'apercevoir directement, car tous deux doivent passer par l'intermédiaire d'autre chose qu'eux-mêmes. C'est le miroir pour l'œil et l'ami pour l'homme. De même qu'un œil peut en effet se voir dans la pupille d'un...
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