Baudelaire

Pages: 26 (6412 mots) Publié le: 13 mars 2013
Paul-Louis Roubert
Édition commentée du "Public Moderne et la photographie"
de Charles Baudelaire
Études Photographiques n°6, mai 1999, pp.22-32.

Notice

“Le public moderne et la photographie” de Charles Baudelaire (1821-1867) constitue la deuxième partie de l’introduction du Salon de 1859, commandé par la Revue française. Cette introduction se décompose en deux temps : lepremier (“L’artiste moderne”, “Le public moderne et la photographie”), relatif au phénomène des Salons, ses artistes et son public ; le second (“La reine des facultés”, “Le gouvernement de l’imagination”), où le poète expose les principes généraux de son esthétique. Ce Salon, qui est pour Baudelaire l’occasion de s’exprimer sur l’art contemporain comme il ne l’a pas fait depuis plus de treize ans, doitformer la clef de voûte des Curiosités esthétiques, ouvrage reprenant ses différents articles sur l’art et qu’il projette d’éditer dès 1856.
Le 14 mai 1859, Baudelaire écrit de Honfleur à son ami Nadar : “Je suis vraiment fort en peine ; avant de publier mes Curiosités, je fais encore quelques articles sur la peinture (les derniers !), et j’écris maintenant un Salon sans l’avoir vu. Mais j’aiun livret. Sauf la fatigue de deviner les tableaux, c’est une excellente méthode que je te recommande. On craint de trop louer et de trop blâmer ; on arrive ainsi à l’impartialité.” Deux jours plus tard, Baudelaire rectifie : “Quant au Salon, hélas ! je t’ai un peu menti, mais si peu ! J’ai fait une visite, une seule, consacrée à chercher les nouveautés, mais j’en ai trouvé bien peu ; et pour tousles vieux noms, ou les noms simplement connus, je me confie à ma vieille mémoire, excitée par le livret. Cette méthode, je le répète, n’est pas mauvaise, à la condition qu’on possède bien son personnel.” Le Salon de 1859, en effet, se présente moins comme un catalogue détaillé que comme une promenade philosophique, une exposition des conceptions esthétiques de Baudelaire qui s’appuie sur l’état dela peinture contemporaine, comme le lui a demandé le directeur de la Revue française. “Le public moderne…” ne déroge pas à la règle : aucun photographe n’est évoqué, aucune photographie en particulier n’a retenu l’attention de Baudelaire. Pourtant, cette année-là, se sont ouverts le même jour au palais des Champs-Élysées (mais avec des entrées séparées), le Salon proprement dit et la troisièmeexposition de la Société française de photographie (SFP). Pour la première fois, après une longue bataille dans laquelle Nadar s’est notablement impliqué, l’enregistrement argentique obtient le droit de côtoyer le grand art. Vingt ans après l’annonce de l’invention de Daguerre, l’événement est d’importance et suscite de nombreux commentaires (cf. Hélène Bocard, Les Critiques des expositions dephotographie à Paris sous le Second Empire, DEA, université Sorbonne-Paris IV, 1995). Cependant, on le constate, sa portée ne dépasse guère les cercles photographiques : Baudelaire qui, en ce printemps 1859, entretient une correspondance soutenue avec Nadar, n’y fait jamais allusion à l’exposition de la SFP, pas plus qu’il ne la mentionne dans “Le public moderne…”.
Le texte peut être schématiquementdivisé en deux parties : la première consacrée aux différents artifices employés par les peintres pour “étonner le public” ; la seconde, la plus souvent reproduite, consacrée à la photographie. Le premier moment fournit les clés permettant de situer le contexte dans lequel prennent place les critiques contre la photographie. Le long paragraphe d’introduction dans lequel le poète se moque destitres-rébus lui permet de fustiger les procédés non artistiques, les artifices auxquels ont recours les mauvais peintres pour étonner le public : amour du détail, goût pour le vrai, titres alambiqués. François-Auguste Biard (v. 1799-1882) représente aux yeux de Baudelaire l’archétype de ces mauvais peintres.
Absent du Salon de 1859, Biard illustre un courant qui, à la suite de Révoil et Richard...
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