Durkheim, de la division du travail social

Pages: 13 (3001 mots) Publié le: 3 mars 2011
« L'altruisme n'est pas destiné à devenir [...] une sorte d'ornement agréable de notre vie sociale ; mais il en sera toujours la base fondamentale. Comment, en effet, pourrions-nous jamais nous en passer ? Les hommes ne peuvent vivre ensemble sans s'entendre et, par conséquent, sans se faire des sacrifices mutuels, sans se lier les uns aux autres d'une manière forte et durable. Toute société estune société morale. À certains égards, ce caractère est même plus prononcé dans les sociétés organisées. Parce que l'individu ne se suffit pas, c'est de la société qu'il reçoit tout ce qui lui est nécessaire, comme c'est pour elle qu'il travaille. Ainsi se forme un sentiment très fort de l'état de dépendance où il se trouve : il s'habitue à s'estimer à sa juste valeur, c'est-à-dire à ne seregarder que comme la partie d'un tout, l'organe d'un organisme. De tels sentiments sont de nature à inspirer non seulement des sacrifices journaliers qui assurent le développement régulier de la vie sociale quotidienne, mais encore, à l'occasion, des actes de renoncement complet et d'abnégation sans partage. De son côté, la société apprend à regarder les membres qui la composent, non plus comme deschoses sur lesquelles elle a des droits, mais comme des coopérateurs dont elle ne peut se passer et vis-à-vis desquels elle a des devoirs. C'est donc à tort qu'on oppose la société qui dérive de la communauté des croyances à celle qui a pour base la coopération, en n'accordant qu'à la première le caractère moral, et en ne voyant dans la seconde qu'un groupement économique. En réalité, la coopérationa, elle aussi, sa moralité intrinsèque »
Émile DURKHEIM, De la division du travail social, Paris, PUF, 2007.

On pourrait croire que les sociétés se développent exclusivement sur la base de l'égoïsme si l'on entend pas là, une recherche exclusive de son intérêt propre et une action dirigée seulement par des fins où l'autre n'intervient qu'au titre d'instrument. Or, le texte de Durkheim s'opposeà ce genre d'idée défendu par Spencer entre autres. Il considère, au contraire, que pour qu'une société soit possible, il faut que soient développées par les individus des attitudes orientées vers la satisfaction des intérêts d'autres que soi ou subordonnées à l'intérêt d'autres que soi. Il semble effectivement très difficile de penser l'existence d'un ciment social si chacun essaie de subordonnerle reste de la société à son seul intérêt.
Ainsi, Durkheim étudie, dans ce texte, la question du lien social et des conditions de l'unité de la société. La société, entendue comme réunion des individus voit-elle son existence spontanée et son développement résulter de l'égoïsme et de l'intérêt que chacun trouve à profiter de l'échange avec les autres ou bien de l'altruisme et de la tendance quechacun a de se sacrifier aux règles qu'exige le partage de la vie sociale ? Si la société ne pouvait tenir que du calcul égoïste des individus, il est évident que l'altruisme ne serait qu'un ornement contingent, dans l'autre cas, il est une structure nécessaire de la solidité et du développement des sociétés. Mais, en même temps, dans le cas du primat de l'égoïsme, cela signifierait que la sociéténe serait pas productrice de comportements moraux mais, au contraire, tendrait à renforcer, au fur et à mesure de son développement, des comportements immoraux, c'est d'ailleurs le point de vue de Rousseau (le développement de l'amour-propre va de pair avec celui de la société). Mais, cet égoïsme devrait alors aller vers l'éclatement de la société en raison des rivalités et concurrences qui s'ydévelopperaient, non vers son unification. C'est pourquoi, de manière paradoxale, Durkheim considère que plus la société se complexifie, s'organise, plus les individus sont dépendants du tout de la société et prêts à s'y sacrifier. Aussi, contrairement aux idées reçues, les sociétés de l'échange ne sont pas avant tout des sociétés du calcul individualiste et égoïste, mais des sociétés où les...
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