La géographie sociale d'élisée reclus

1592 mots 7 pages
La géographie sociale d’Elisée Reclus

par Philippe Pelletier*

Elisée Reclus (1830-1905) était à la fois géographe et anarchiste. On l’a redécouvert à l’issue de Mai 68, dans un contexte académique marqué par la critique tant de la géographie classique vidalienne[1] que de la « nouvelle géographie » considérée par certains comme trop quantitativiste ou marxiste. Héritant d’un positionnement scientiste et naturaliste, il était à la recherche de lois tant explicatives que prospectives, c’est-à-dire porteuses d’un « déterminisme relatif » pour reprendre l’expression du généticien contemporain Albert Jacquard. A la fin de sa vie, Reclus se risqua à établir, non sans prudence, trois lois : « La “lutte des classes”, la recherche de l’équilibre et la décision souveraine de l’individu, tels sont les trois ordres de faits que nous révèle l’étude de la géographie sociale et qui, dans le chaos des choses, se montrent assez constants pour qu’on puisse leur donner le nom de “lois”[2]. »

Pour Reclus, comme pour d’autres, l’être humain est inséparable de la nature puisqu’il en est issu. Mais son fameux épigramme, « l’homme est la nature prenant conscience d’elle-même », montre qu’il ne s’agit plus seulement de la nature en soi. La prise de conscience intervient et donc l’esprit et l’action, en liberté et en volonté. C’est un processus, une évolution présente. Autrement dit c’est la civilisation, ou, plus exactement, la « demi-civilisation puisqu’elle ne profite point à tous[3] ».

Dans un texte écrit une quarantaine d’années avant ces propos, Reclus précise que, « devenu la “conscience de la terre”, l’homme digne de sa mission assume par cela même une part de responsabilité dans l’harmonie et la beauté de la nature environnante[4] ». Mais il va plus loin que cette approche quasi mystique et organiciste. Il insiste sur les « travaux de l’homme » et des « peuples » qui, à mesure qu’ils se sont « développés en intelligence et en liberté » sont « devenus, par la force de

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