La solitude des mourants

Pages: 5 (1145 mots) Publié le: 16 décembre 2012
En quoi la mort constitue-t-elle un problème sociologique ? Nous mourrons seuls, dit-on, de même que nous vieillissons et que nous souffrons en nous-mêmes, sans que personne ne puisse éprouver à notre place ce qui nous touche. Si cela est partiellement vrai, cela n’empêche pas l’auteur de vouloir montrer en quoi la mort, notamment, rentre dans ce qu’il appelle un processus de civilisation, dontil prolonge l’étude ici.
Dans les sociétés modernes, nous pouvons en effet assister à ces scènes où des personnes âgées sont découvertes de nombreux jours après leur mort, dans un état de décomposition avancé, comme à la suite de la canicule de 2003 en France. Cette solitude des mourants, et des personnes âgées, est du même ordre que cette souffrance que la thérapie médicale cherche à atténuer auniveau technique, mais en ne s’intéressant qu’à nos organes. Or, ce n’est pas seulement un corps qui souffre, mais également la personne dans son ensemble, et dont la souffrance s’accroît, au niveau subjectif, de manquer de relations affectives pour l’accompagner dans cette souffrance.
C’est cette solitude des mourants qui est la conséquence du processus de civilisation, dans les sociétésmodernes. Non pas que la mort soit devenue un problème plus aigu aujourd’hui qu’hier. Ici, Elias tient à se démarquer de la position de Philippe Ariès qui, dans son Histoire de la mort en Occident, considère que la mort, dans l’Antiquité ou au moyen-âge, pouvait se vivre plus sereinement et plus paisiblement que de nos jours. L’auteur, au contraire, tient à montrer que la mort a toujours été un problèmepour l’être humain. L’homme a peur de la mort, car à l’opposé de l’animal il sait qu’il va mourir, et qu’il ne peut s’empêcher de se représenter cette mort. A l’inverse du tableau idyllique que nous dresse Ariès des temps plus anciens, Elias tient à préciser toute la cruauté et la violence dans la façon de vivre, et donc aussi de mourir, d’autrefois. La vie était peu sûre, plus brève, du fait desguerres, des épidémies et des famines, et la mort s’accompagnait souvent de souffrances que nous savons maintenant atténuer, grâce aux progrès médicaux. Elle était souvent également la cause de grandes frayeurs, entretenues par l’Eglise chrétienne qui annonçait les risques de châtiments et de chute aux enfers. Ce n’est donc pas la peur de la mort qui a changé, mais la forme que prend celle-ci.Pendant longtemps, cette peur a été apprivoisée au travers de croyances collectives dans une vie éternelle, croyances à caractère religieux et spirituel. Dans les sociétés modernes, ces croyances sont devenues terrestres. La poussée de civilisation a conduit à un progrès global dans les domaines des sciences et des techniques. La mort est devenue un phénomène naturel, plutôt que surnaturel, ce qui aoccasionné chez les individus un plus grand sentiment de sécurité et une inquiétude apaisée. On ne meurt plus, ou beaucoup moins, de mort violente. La vie est plus paisible, et on ne s’imagine guère mourir ailleurs que dans son lit. De même, cette mort a été différée dans le temps, et l’espérance de vie s’est très nettement accrue pour chacun d’entre nous. La mort et son vécu a donc suivi lesmêmes modifications dans les sociétés modernes que le reste de nos attitudes vis-à-vis de tout ce qui nous ramène à une dépendance animale. L’homme s’est de plus en plus libéré de la nature et de ses instincts, et les menaces qui pesaient sur lui sont devenues de plus en plus contrôlables et prévisibles. L’homme, de manière générale, est devenu plus policé. Il respecte mieux les autres et les règlesde conduites sociales. Il est devenu, en apparence tout au moins, plus rationnel, moins soumis à ses passions, alors que la violence devient le monopole légitime de l’Etat, avec la police et l’armée.
Mais la conséquence de cette nouvelle structure des sociétés modernes, c’est un refoulement de la mort. A l’époque victorienne, ou dans la très prude société de Vienne que fréquentait Freud, le...
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