L'alchimie dans l'alchimie du langage

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La citation tirée de l’épilogue ouvre la voie à d’autres poètes qui ont le même regard sur leur art puisque Arthur Rimbaud, quelques années plus tard, reprendra cette même image dans la cinquième section d’ Une saison en enfer (1873) dont le titre est « Délires II Alchimie poétique du verbe ». Cette métaphore est aussi utilisée par Mallarmé pour désigner sa propre recherche formelle : « J’ai toujours rêvé et tenté autre chose, avec une patience d’alchimiste, …afficher plus de contenu…

Si l’alchimiste cherche à transformer le plomb en or, l’or est également le symbole de l’aboutissement de cette recherche poétique pour le poète. · Il est aussi possible de considérer l’alchimie comme une démarche : ce processus de transformation est au cœur de la démarche de la littérature, l’écrivain est celui qui transforme les choses en langage (et inversement). Il est donc fasciné par l’idée de transformation, de mutation : le langage est semblable aux composés chimiques qui changent d’état et de propriétés au cours du processus alchimique. Pour cette raison, l’alchimie, symbole de cette mutabilité de la matière en langage est l’objet de la fascination des écrivains (et pas seulement des poètes).Alchimie poétique : la boue et l’orLe mot « alchimie » provient du mot arabe « al-kimiya », lui-même formé sur le grec « kumia » qui signifie « fusion ». Issue, à l’époque de l’Egypte gréco-romaine, de l’art des orfèvres qui ont cherché à imiter l’aspect de l’or grâce au travail des métaux, l’alchimie devient une doctrine selon laquelle les éléments de l’univers correspondent entre eux selon un système complexe.Les écrivains du XIXè semblent utiliser les mots « chimie » et « alchimie » comme des synonymes. Est-ce vraiment le cas ? Selon les points de vue, l’alchimie est soit réduite à une pratique magique et à une superstition médiévale. En réalité, la difficulté à cerner cette discipline réside en ce qu’elle tient à la fois des sciences et de la mystique : elle tente d’élaborer un savoir sur le monde, …afficher plus de contenu…

Selon Antoine Compagnon « la boue de Baudelaire, c’est donc ce qui reste des déchets après le passage des chiffonniers successifs et qui sera vendu comme engrais aux maraichers des faubourgs ». Le romancier Flaubert opérera une même analogie : dans Bouvard et Pécuchet , il met en scène ce même intérêt pour la boue à travers la description d’une pompe à purin. Le personnage s’exclame alors à l’encontre de « ceux qui avaient l’air dégouté », « Mais c’est de l’or ! c’est de l’or ! » Dans une lettre à Maupassant, il dira à ce sujet : « La poésie, comme le soleil, met de l’or sur le fumier. Tant pis pour ceux qui ne le voient pas ». Cette mise en scène de la boue féconde trouvera des interprétations plus sociales avec le naturalisme de Zola : l’excipit du roman Paris met en scène des personnages qui s’exclament, devant un Paris illuminé par le soleil, « Voyez donc ! Voyez donc ! Paris tout en or, Paris couvert de sa moisson d’or ! » et le comparent à un grand champ de blé : ainsi la terre continue, même en imagination de produire de

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